Mieux vaut le savoir : Le Chômage en France et chez nos Voisins


Il se trouve toujours à un coin du comptoir un chômeur qui essaie de ne pas perdre le contact avec nos amateurs d’apéro actifs. Tout le monde sait comment ça se passe, l’info est plus rapide au bistrot qu’à Pole Emploi et l’ambiance y est moins morose.

En ce moment, les discussions tournent bien sûr autour de la loi Travail avec ses détracteurs et ses laudateurs. Ces derniers encensent la réforme et donnant le plus souvent l’exemple de nos voisins, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, qui auraient réussi à diminuer le chômage grâce à des mesures de flexibilité telles que celles contenues dans la loi El Khomri. Qu’en est-il vraiment ?

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L’Allemagne est un mauvais exemple dans le cadre de notre réforme, même si son taux de chômage à 6,2% est au plus bas depuis 25 ans. En effet, si la cause apparente semble être les réformes menées par le social-démocrate Gerhard Schröder dans les années 2000, Madame Merkel fait actuellement marche arrière pour limiter les dégâts causés à la cohésion de la société allemande. En plus de connaître un faible taux de croissance entre 1995 et 2005, l’économie allemande a vu croître son taux de chômage de 8,3 % à 11,3 %, soit 3 points d’augmentation. Le gouvernement de l’époque de Gerhard Schröder a donc cherché à résoudre les problèmes de croissance, de perte de compétitivité et d’emplois. Celles-ci se concentraient sur trois axes, elles visaient principalement à réformer le marché du travail, le système de protection sociale et le système fiscal. Ainsi, la grande majorité des réformes qui ont été menées a modifié la réglementation du travail, ce que nous nous apprêtons à faire. [pour les détails voir les lois Hartz sur Wikipédia ]

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Le résultat le plus clair de ces réformes est de plonger dans la pauvreté et la précarité une fraction non négligeable de la population. En obligeant les chômeurs à accepter des emplois mal payés et/ou à temps partiel, les lois Hartz ont encouragé la pauvreté laborieuse et exercé une pression à la baisse des salaires dans l’ensemble de l’économie, dans un pays où il n’existait pas de salaire minimum national. Le risque de pauvreté a augmenté pour tous, y compris pour ceux qui ont retrouvé un emploi.

En Espagne, une importante réforme du marché du travail a en effet été décidée par le gouvernement de droite de Mariano Rajoy début 2012. Elle visait à flexibiliser le marché du travail en donnant la priorité aux accords d’entreprise sur les conventions de branche ou régionales. La loi assouplissait aussi le licenciement économique et réduisait les indemnités en cas de licenciement injustifié. Enfin, elle supprimait l’obligation de déclaration administrative des licenciements économiques. Ça ne vous rappelle rien ?

En Italie, c’est au printemps 2015 que Matteo Renzi, le Premier ministre de centre gauche, a fait voter un Jobs Act qui se voulait révolutionnaire. Il mettait en place un contrat à durée indéterminée (CDI) à protection croissante, avec une période d’essai de trois ans. La réforme supprimait aussi la possibilité offerte jusque-là aux salariés italiens (elle n’existe pas en France) de réintégrer leur entreprise si les tribunaux avaient jugé leur licenciement abusif. Enfin, l’usage des CDD était facilité : on peut en enchaîner cinq de suite sur trente-six mois.

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Dans ces deux pays, on a assisté ces derniers temps à un retour de la croissance et à une amélioration sensible du marché du travail. En Espagne, le chômage a reculé de 26,3 % de la population active en février 2013 à 20,5 % en janvier dernier. En Italie, il est revenu de 13,1 % en novembre 2014 à 11,5 % début 2016. Tandis qu’en France, il n’a baissé que de quelques dixièmes de pourcent au cours des derniers mois. Selon les chiffres de l’enquête emploi d’Eurostat, 530 000 emplois ont été créés en Espagne entre le 3e trimestre 2015 et le 3e trimestre 2014. 230 000 l’ont été en Italie durant la même période, tandis que 6 000 étaient détruits en France… Il n’y a donc pas photo : la dynamique de l’emploi est incontestablement plus favorable chez nos voisins du Sud qu’en France, même si le redressement italien reste beaucoup plus limité et fragile.

Est-ce que ce sont ces mesures qui ont eu un impact sur le chômage ?

Rien n’est moins sûr. Tout d’abord, il ne faut pas perdre de vue que le niveau de l’emploi avait chuté de quasiment 20 % en Espagne après la crise de 2008-2009, alors qu’il était resté stable en France. Après une telle purge, il n’est pas surprenant qu’il finisse enfin par se redresser un peu. Mais le nombre d’emplois demeure toujours inférieur de plus de 10 % de l’autre côté des Pyrénées à ce qu’il était avant la crise, alors qu’il s’est un peu accru en France, selon les chiffres d’Eurostat. La même chose vaut -dans une moindre proportion- en Italie, où l’emploi n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant-crise. (Voir le graphique 1 )

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Alors quels sont les facteurs qui ont eu cet impact sur le chômage ?

L’amélioration de la conjoncture chez nos voisins du Sud est surtout le fruit de la politique monétaire très accommodante de la Banque centrale européenne (BCE). Elle a eu un effet beaucoup plus massif  et c’est heureux !- dans ces pays (qui avaient subi de fortes hausses des taux d’intérêt au cours de la phase aiguë de la crise de la zone euro) qu’en France (où les taux étaient restés constamment modérés). Entre 2012 et 2015, les taux d’intérêt à long terme ont ainsi baissé de 4,8 points de pourcentage en Espagne pour descendre à 1 % l’an dernier et de 2,9 points en Italie pour n’être plus que de 1,2 %. Contre une baisse de 1,6 point seulement dans l’Hexagone (et de 1,5 en Allemagne).

L’amélioration du marché de l’emploi espagnol résulte d’abord du coup de frein donné par le gouvernement Rajoy à l’austérité budgétaire avant les élections législatives de décembre dernier. Malgré un déficit public qui atteignait toujours 4,8 % du produit intérieur brut (PIB) l’an dernier et une dette publique qui a dépassé les 100 % du PIB en 2015. De même en Italie, le gouvernement de Matteo Renzi défie ouvertement la Commission européenne depuis deux ans en refusant obstinément de poursuivre l’austérité budgétaire, malgré une dette publique qui culmine à 132 % du PIB !

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Les effets sur le chômage de ce décalage sont aussi accentués par le fait que la France est un des rares pays européens où la population active continue de s’accroître sensiblement. Un phénomène accentué ces dernières années par les réformes des retraites, qui ont maintenu, en pleine crise, de nombreux salariés âgés sur le marché du travail. Contrairement à l’Allemagne, où la population active restait inférieure jusqu’à ces derniers mois à ce qu’elle était avant la crise. Même chose en Espagne, où l’émigration a repris massivement et où la population active a fortement baissé ces dernières années. Sous l’effet des réformes des retraites, la population active s’est certes accrue également en Italie, mais dans des proportions significativement moindres qu’en France. Bref, la France va incontestablement mal, mais ce n’est pas une potion libérale supplémentaire sur le marché du travail qui va la soigner. [ Alternatives Economiques  Dossier : Flexibilité, le piège ]

 

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 20/04/2016, dans économie, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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