Bismuth – Herzog : Ce qui est dit est dit …


C’est une vieille blague qui nous a fait réfléchir à l’affaire « Bismuth » et au décalage qui existe entre les faits et la procédure judiciaire pour accepter les faits.

  • Un groupe de révolutionnaires mexicains attaque un train, histoire de se livrer au sport national de cette époque. En entrant dans le premier wagon, le chef hurle :
  • « On viole les hommes on tue les femmes »
  • l’un de ses hommes intervient :
  • « euh… mais… Chef … ?
  • et une petite voix d’homme s’élève du fond du wagon :
  •  » ce qui est dit est dit ! « 

Dans l’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy le quidam trouve, comme nous Au Coin du Comptoir, que le code pénal est plein de recoins cachés qu’on exploite d’autant mieux que l’on a un grand avocat et que l’on n’est justement pas, un quidam moyen.

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Que s’est-il dit dans ces écoutes qui a valu cette bataille de procédures judiciaires pas encore terminée ?

Les conversations entre janvier et mars 2014

Me Thierry Herzog : [Gilbert] a dit que que ça renforçait nos chances. Et puis là, ce matin, il m’a dit qu’il avait rendez-vous en fin de matinée avec un des conseillers pour bien lui expliquer ce qu’il faudrait… Mais il me dit qu’il est optimiste.

Nicolas Sarkozy : Bon. Mais il confirme toujours que le rapporteur est pour nous ?

Me Thierry Herzog : Ah oui. Mais il me dit : « Je suis optimiste. Ça m’arrive rarement, mais là, tu peux dire au président que je suis optimiste. »

Me Thierry Herzog : Il va y avoir un poste qui se libère au Conseil d’Etat monégasque et il était bien placé. Mais, simplement, il me dit, euh : « J’ose pas demander. Peut-être qu’il faudra que j’aie un coup de pouce ». Ben je lui ai dit : « Tu rigoles, avec ce que tu fais… »

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Nicolas Sarkozy : Non, ben t’inquiète pas, dis-lui. Appelle-le aujourd’hui en disant que je m’en occuperai parce que moi je vais à Monaco et je verrai le Prince.

Nicolas Sarkozy : « Je voulais te dire, pour que tu puisses le dire à Gilbert Azibert, que j’ai rendez-vous à midi avec Michel Roger, le ministre d’État de Monaco. »

Me Thierry Herzog : « Ministre d’État, ouais, bon bah super, bah je vais l’appeler maintenant. »

Nicolas Sarkozy : Il veut un poste de conseiller d’Etat ici ?

Me Thierry Herzog : Euh oui, qui va se libérer en mars, et donc il avait postulé disant que ça lui plairait comme fonction, puisqu’il peut l’exercer.
(…)
Nicolas Sarkozy : OK, tu peux lui dire qu’à midi je ferai la démarche, puis je t’appellerai pour te dire ce qu’il en est.

Mais le 25 février 2014, Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog obtiennent un renseignement leur permettant de savoir que les lignes Bismuth sont également sur écoute. Subitement, la teneur des conversations change du tout au tout.

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Dès le lendemain, pour la première fois, Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy évoquent le nom de Gilbert Azibert lors d’une conversation sur leurs lignes officielles. L’ex-chef de l’Etat informe son avocat qu’il a bien parlé au ministre d’Etat monégasque, mais que finalement, il ne lui a pas parlé de « Gilbert », expliquant être gêné de recommander quelqu’un qu’il ne connaît « pas très bien ». Le 3 mars, Thierry Herzog confie pourtant à Gilbert Azibert que « la démarche à Monaco a été faite ».

Comme pour nous, « ce qui est dit est dit » ,  et les enquêteurs concluent que les intentions des trois protagonistes sont « claires ». « Gilbert Azibert est sollicité pour obtenir des informations et démarcher des conseillers à la Cour de cassation. En contrepartie, Nicolas Sarkozy accepte de l’aider à obtenir un poste à Monaco. Ces faits sont constitutifs du trafic d’influence », les faits sont les faits, et ils sont incontournables. Or ils ont été escamotés depuis deux ans. Engloutis sous des trésors de procédure.

Il est assez cocasse que Nicolas soit « piégé » par la propre loi qu’il a voulu et en particulier par l’article 6 de cette loi. Il les a utilisées sans état d’âme particulier, quand il était Président : entre 2007 et 2010, la masse de demande d’écoutes a augmenté de 40 % pour atteindre les 600 000 interceptions. Difficile de pleurer quand les rigueurs qu’on impose à tout le monde, au nom du bien public, vous reviennent en pleine figure. Le complot dont il se dit victime est un simple retour à l’envoyeur qui fera sourire ses ennemis, jubiler ses chers amis de la primaire à droite, et enrager son dernier carré de fidèles.

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Comme le dit, beaucoup mieux que nous, Hubert Huertas dans son article « Paul Bismuth, l’homme qui enfouit le scandale sous la procédure » :

L’essentiel de l’histoire est en revanche facile à saisir et tout un peuple l’a reçu sur la tête. C’est là que le bât blesse le plus. Un homme politique célèbre, gêné par une affaire de financement, s’entend avec un avocat pour s’offrir les services d’un magistrat. Pire encore. Comme une intrigue ne suffit pas forcément à retenir l’attention des spectateurs, les auteurs, sans le vouloir, ont une idée de génie. Ils inventent le personnage de Paul Bismuth, titulaire d’un second téléphone. En croyant échapper aux écoutes, ils y sautent à pieds joints. D’un point de vue théâtral, le personnage de Paul Bismuth, par le contraste avec son double, est une invention fabuleuse et destructrice. Bismuth, c’est le clone qui dévore son original en le révélant au grand public. Il est entré dans les têtes, et même dans le langage public en une fraction de seconde.

Dans la société civile, c’est-à-dire celle où nous vivons, personne n’aurait pu se relever d’un sac d’embrouilles aussi bien ficelé. Le moindre notable, le moindre président d’association, le moindre syndicaliste aurait été foudroyé par la publication de telles conversations. Mais pas l’ancien chef de l’État ! Lui il n’était pas confondu, mais martyrisé ! Il n’était pas coupable, mais victime ! Il n’avait pas tripatouillé, on lui cherchait des fausses querelles ! Il n’avait pas de comptes à rendre mais il en réclamait, pas le devoir de s’expliquer, mais celui d’accuser ! Une inversion radicale des valeurs et des charges. Comme dans l’affaire Bettencourt, ses juges n’étaient pas des juges mais des comploteurs, ( « ces batards de magistrats de Bordeaux » comme dit Me Herzog ndr.)  il fallait les démettre, et les conversations n’étaient pas des conversations, il fallait les effacer.

Devant les tribunaux qui jugent au quotidien des milliers de prévenus lambda, cette attitude serait durement sanctionnée, car elle consiste à ouvrir le procès du juge et à demander la tête du procureur. Les magistrats n’aiment pas, et le font sévèrement savoir. Mais ce que subirait Bismuth, citoyen ordinaire, n’atteint pas Sarkozy, personnage emblématique ! Avec lui les procédures sont assez longues pour que son procès puisse avoir lieu à l’automne 2017, c’est-à-dire jamais si entretemps le président des Républicains est revenu à l’Élysée.

La Cour de Cassation à rejeté le pourvoi de la défense de Nicolas Sarkozy. Une décision contraire aurait eu comme effet d’effacer les enregistrements comme si de rien n’était. Heureusement, « Ce qui est dit est dit ».

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 23/03/2016, dans politique, Société, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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