Un certain crépuscule de la Démocratie…


 » Crépuscule de la démocratie  » C’est le titre d’un essai de Nicolas Grimaldi en 2014.

Nous, au Coin du Comptoir, vu notre manque de culture,  nous n’avions pas une grande connaissance de ce philosophe, professeur émérite à Paris IV Sorbonne qui tenait les chaires d’histoire de la philosophie moderne et de métaphysique et qui a pourtant beaucoup publié.

Heureusement, l’un de nos habitués qui migrait du sud vers le nord comme le veut la tradition en ce dernier dimanche du mois d’août,  est tombé un peu par hasard sur l’émission  » Le Pouvoir Imaginaire » de Raphaël Enthoven sur France Culture. Vous allez nous dire que par 35°, sur une autoroute  envahie de bronzés tout tristes de reprendre le travail le lendemain, ce n’était peut être pas la meilleure station à écouter pour éviter les bouchons… Mais bon !

grimaldi

C’est le premier extrait de texte de Nicolas Grimaldi,  lu par une jeune femme à la voix un peu naïve, qui a accroché son attention jusque là fixée sur les panneaux bleus de l’ A39. Voici une petite transcription de ce qu’il a entendu.

 » La France a le sommeil agité mais elle dort. Après tant de tribulations, de révolutions, de convulsions, elle n’aspire qu’à se reposer. Qu’elle devrait se réformer si elle voulait survivre, elle le sait mais elle ne le peut plus. Elle rêve de le vouloir mais n’est plus capable d’aucune volonté, alors, par une sorte de réflexe, chaque élection est une occasion de sortir les sortants. Comme elle ne cesse de les sortir, elle fait à chaque fois entrer ceux qu’elle avait auparavant sortis de sorte que les nouveaux entrants sont les anciens sortants ! La vie politique est ainsi devenue une sorte de noria. Aussi impatients que soient les principaux partis de parvenir au pouvoir, il ne leur faut à chaque fois qu’une patience pour le retrouver… »

chaises musicales

Voilà une analyse familière au Coin du Comptoir ! Depuis longtemps nous pensons que finalement les élections sont un jeu de chaises musicales où, régulièrement et alternativement, les mêmes sont soit debout soit assis, toujours cadencés par la même ritournelle. Que des problèmes s’imposent au pays, la musique reste la même, simplement on change le docteur qui ne connait que l’emplâtre sur une jambe de bois. Notre philosophe fait le même constat.

(…) »Que nous vivions un instant critique de la vie démocratique, même les plus optimistes en conviennent aujourd’hui. En 1958 on n’avait guère perdu que la République, en 1968 il n’y avait que l’Université qu’on n’ait fait passer par dessus bord. Depuis, combien de piliers de notre économie n’a-t-on vu s’écrouler ? Il y avait eu en France une industrie sidérurgique, elle a disparu ! Il y avait eu une industrie textile, elle s’est évanouie ! Quoiqu’on eu longtemps pensé que le corps social ne pourrait supporter 500 000 chômeurs, on en est venu à se rappeler avec nostalgie l’époque où il n’y en avait que 3 000 000 . Naguère envié et imité du Monde entier, notre système éducatif s’est effondré. Comme si le nombre des uns était proportionnel à celui des autres, nous n’avons jamais eu autant de bacheliers ni autant d’illettrés. Le pays est si endetté qu’il s’endette chaque jour d’avantage pour rembourser les intérêts de ce qu’il a emprunté. »

abstention-cantonales

Quant à nos représentants, ils vivent sur une autre planète où la préoccupation principale est encore une fois de trouver la chaise libre et de la piquer à son ancien occupant. Que le pays parte en morceaux, peu importe. Les professionnels pour lesquels notre philosophe n’hésite pas à employer le qualificatif de « parasites »  n’ont qu’un problème, comment durer, comment conserver la chaise.

Le lien social s’est tellement effiloché que plus personne ne saurait encore dire ce qui l’unit aux autres. Or si vif, si patent, si insurmontable, nous semble aujourd’hui le hiatus qui s’est creusé entre le corps social et ses mandataires, que la plus élémentaire prudence commande de le résorber. Avant que l’édifice n’achève de se déliter, et quand nous y percevons déjà tant de lézardes, quelque urgence ne nous presse-t-elle pas de l’alléger pour le raffermir et de le restaurer pour le conforter ? A force de multiplier les échelons, les paliers, les étages de la représentation démocratique n’avons nous pas fait de cette représentation une corporation et de ce corps autonome une sorte de parasite ? « 

le-peuple-et-ses-reprc3a9sentants

Nicolas Grimaldi n’est pas décliniste, bien au contraire. Il affirme, contrairement à beaucoup, que, malgré le délabrement de notre démocratie, c’est mieux aujourd’hui qu’hier.

Nous ne laisserons pas dire qu’hier l’air était plus léger, que les jours étaient plus beaux. La meilleure chose que je sache du passé c’est qu’il a fini par passer.

Aussi médiocre que soit le monde où nous vivons, il nous laisse néanmoins vivre sans nous y mêler comme si nous n’en étions pas. En fait de malheurs nos ancêtres en connaissaient donc indubitablement plus long que nous. Non seulement qu’ils y étaient presque partout assujettis à l’impudence de l’arbitraire et à l’impunité du crime, mais il n’y avait jusques aux tâches les plus ordinaires qui ne fussent constamment épuisantes. On naissait, on servait, on s’usait, on mourrait. Les uns naissaient pour être servis et d’autres pour les servir. Vivre alors n’est pas un don, ni moins encore qu’une chance, c’est une fatalité.

présent passe avenir

Quant à notre système politique, là encore notre philosophe est très critique. Pour être candidat ou élu il faut un parti qui, loin de réfléchir aux idées et aux stratégies pour sortir le pays de ses problèmes, n’est que l’arme qui permettra l’élection ou la réélection.

(…) Les Partis sont des entreprises à fabriquer, entretenir, organiser, autant que possible gagner les élections. Ce sont des sortes d’armées en campagne et cela change complètement les mœurs dans leur nature même. » (…) « Jusqu’en 1900 on votait pour qui vous semblait bon. A partir de maintenant qu’il s’agisse de presque toutes les élections soit cantonales, législatives, soit présidentielles, vous n’avez le choix qu’entre les candidats qui ont déjà été choisis par les instances que sont les partis, les organisations industrielles de la politique intérieure. Ce n’est pas moi qui choisis mon candidat. Entre la peste et le choléra je n’ai le choix que d’éviter le pire et c’est chaque fois comme cela !! « 

 » (…) Rarissimes sont les électeurs qui se déterminent par une adhésion à la personne pour laquelle ils votent. La plupart prennent le plus grand soin d’éviter celui qui leur parait un incomparable danger. Ce n’est pas vraiment un choix civique. (…) Aujourd’hui on ne choisit pas, au premier tour vous avez le choix entre des candidats qui ont déjà été préalablement choisis par les instance des partis. »

Nous vous laisserons déguster la totalité de cette conférence – dialogue jubilatoire disponible sur France Culture. Nous, nous en redemandons…

 

 

 

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 31/08/2015, dans politique, Société, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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