L’investissement des banques dans l’économie réelle…


Ceci est la traduction « artisanale » d’un article de l’ International Business Times du 13 mars 2015 dont le titre original est :

Comment Wall Street fonctionne-t-il ? Un quart seulement des profits des investissements des Banques  provient de ses activités dans l’économie réelle…

C’est la synthèse de l’analyse de 19 pages de la Banque d’Angleterre intitulée : « Les investissements bancaires : liens entre l’économie réelle et le système financier ». Les graphiques et illustrations proviennent de ce document.

rtx14b0iimage : l’extérieur de la Bourse de New York à New York le 14 octobre 2013. Reuters / Carlo Allegri

Selon un récent rapport de la Banque d’Angleterre, environ un quart de l’argent qui circule dans les banques d’investissement mondiales seulement provient de l’activité de celles-ci dans l’économie réelle.

A Wall Street, lorsque vous demandez en quoi consiste leurs activités, généralement la réponse est que les banques investissent directement dans le capital des entreprises qui en ont le plus besoin. Un peu comme un système d’irrigation, le secteur financier achemine les investissements vers les bénéficiaires assoiffés qui espèrent se développer.

Mais une vaste nouvelle analyse de la Banque d’Angleterre montre que la part du lion des profits des banques d’investissement mondiales ne provient pas des services à l’économie réelle, mais des activités purement financières.

D’où proviennent les profits des investissements bancaires
 Le revenu des dix plus grandes banques d’investissement mondiales, ventilés par services pour l’économie réelle et les services pour le secteur financier. – en milliards de dollars.

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Bien que ces chiffres ne soient pas une surprise pour les économistes et les financiers, le rapport de la banque centrale du Royaume-Uni contribue à démystifier précisément la façon dont les banques d’investissement font leur profit -une somme de 140 milliards de dollars par an de revenus cumulés pour les 10 plus grandes d’entre elles- et comment très peu de leurs bénéfices ont à voir avec le commerce réel.

« Pendant longtemps, nous avons pris pour acquis que toutes ces activités sont utiles simplement parce qu’elles existent», dit Thomas Phillippon, professeur de finance à l’Université Stern School of Business de New York qui étudie l’efficacité des services financiers. « Maintenant, nous avons le défi de décider ce qui est utile ou non. »

Les banques d’investissement participent à une grande variété d’activités, que la Banque d’Angleterre divise en deux catégories générales : les services de souscription de prêts et de conseil d’une part, la vente et la négociation d’autre part.

Activités de prêts et de conseil
Les banques d’investissement jouent leur rôle plus direct dans l’économie réelle par l’émission d’actions et d’obligations de sociétés, des conseils sur les fusions et acquisitions et de fournir d’autres services financiers pour le monde des affaires. Montants en milliards de dollars
investissement des banques_01Fusions acquisitions         Marchés des capitaux    Marché boursiers

L’émission d’actions et d’obligations et les services de conseil concernent directement le monde des affaires. Lorsque les entreprises s’ endettent pour financer un nouveau projet d’acquisition, c’est une banque d’investissement qui gère la transaction et vend les titres.

Par exemple, lorsque Shake Shack Inc. a été introduite en bourse cette année, la société a sollicité l’expertise de Goldman Sachs Group Inc., JPMorgan Chase & Co. et Morgan Stanley pour évaluer sa valeur. Les profits des banques d’investissement dans les services d’émission et de conseil sont pour la plupart basées sur l’économie réelle.

Mais, une autre activité est beaucoup plus rentable pour les banques d’affaires, le trading.

Ventes et trading
Les banques d’investissement tirent la majorité de leurs revenus de la négociation des actions, des obligations, des produits dérivés et d’un univers d’autres produits financiers. Une petite partie de ces activités ont directement un impact sur l’économie réelle, mais le reste est confiné dans le monde de la finance. Les montants sont en milliards de dollars.
investissement des banques_03Produits dérivé      titrisation    devises         crédit         courtage      taux intérêt
REMARQUE: Les banques d’investissement font également un volume de $ 12,5 milliards avec le trading d’actions au comptant et produits (non inclus dans le graphique), mais ces totaux ne peuvent pas être ventilés entre les services à l’économie réelle et des activités strictement financières.

Selon les calculs de la Banque d’Angleterre quand il s’agit de négociations de produits dérivés, de négociations spécialisées dans les obligations d’État ou la création de titres, les revenus sont importants, tandis que l’interaction avec l’économie réelle est très faible. Ces activités vont de la spéculation sur le marché des produits « vanille » [*], passant par des offres qui aident les sociétés emprunteuses à négocier des taux d’intérêt volatiles, jusqu’à la commercialisation de concoctions financières exotiques, comme les opérations d’arbitrage de dividendes qui permettent aux hedge funds de contourner certaines taxes intérieures.

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(à gauche) Manifestants de Wall Street emprisonnés pour avoir protesté. (à droite) Banquiers de Wall Street emprisonnés pour avoir détruit l’économie mondiale…

[*] Le terme « vanille » vient de l’anglais « plain vanilla », improprement traduit en « vanille ». Il désigne les instruments dérivés basiques, négociés sur des marchés organisés ou OTC, mais dont les caractéristiques n’incluent aucune variante par rapport à la définition du produit. Par opposition les produits complexes ou exotiques sont adaptés à la demande spécifique d’un client. [ndt]

Certains secteurs d’activité semblent avoir uniquement des liens très ténus avec le monde réel. La titrisation, que l’on estime à 10,5 milliards de dollars par an, consiste à regrouper un grand nombre de contrats d’emprunt dans les produits qui peuvent être achetés et vendus comme des unités simples. C’était l’un des principaux moteurs de la crise des subprimes, dans laquelle les banques ont concocté des milliers et des milliers de prêts immobiliers douteux adossés à des hypothèques,  et même à des produits plus alambiquées et les ont emballés dans des titres. Ces investissements ont ensuite été vendus à des investisseurs institutionnels tels que les compagnies d’assurance et fonds de pension.

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Les Banques de Wall Street vont répondre que leurs innovations aident le système financier à fonctionner en douceur. Lorsque vous retirez de l’argent à un guichet automatique, que vous effectuez des dépôts dans un fonds de retraite, un vaste et invisible réseau de la technologie financière facilite relativement votre opération. Pendant ce temps, l’expansion de l’industrie et le commerce privé est impossible sans quelqu’un qui est prêt à prendre des risques pour aider les entreprises qui se multiplient.

Pour sa part, Phillippon ne pense pas qu’il soit encore possible de faire clairement la distinction entre la finance utile et de la finance nuisible. « Il n’y a aucun moyen de tracer une ligne de séparation réellement convaincante » dit-il. Mais un nombre croissant de recherches font valoir que les effets de la croissance du secteur financier est loin d’être bénéfique à l’économie réelle. « La preuve que cette activité est réellement utile pour l’économie dans son ensemble est assez obscure, » dit-il.

Comme concluait un article récent de la Banque des règlements internationaux -intitulé « Pourquoi le secteur financier s’accroit-il au détriment de la croissance de l’ économique réelle? » -L’économie réelle a tendance à souffrir lorsque l’activité financière des banques augmente trop rapidement. Peu importe que le fonctionnement de la banque d’investissement semble éloigné des préoccupations des personnes ordinaires, finalement, il nous affecte tous.

Sans-titre-300x180Vous l’aurez compris, la crise financière de 2007 n’a pas rendu les banques plus prudentes et ne les a pas remis sur le chemin de l’économie réelle. La spéculation sur des produits dérivés, l’hyper-trading [spéculation informatique automatique où les ordres sont passés à la milliseconde] étant nettement plus rentables que l’investissement dans les entreprises, ce n’est pas demain que nous verrons diminuer la cupidité des financiers.

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 20/03/2015, dans économie, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. bravo pour les articles de poltechno !
    j’ai le même souci de ne pas radoter tout seul…
    en plus généraliste, et sur un mode très républicain et laïque, je le fais sur mon propre blog sur wordpress « DECODA(NA)GES », je le signale aux amateurs… les autres peuvent s’abstenir
    mais en ayant le souci de rester à une échelle de diffusion humaine, comme un grand comptoir, pas l’agora…

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  2. je n’ai pas vu où, sur votre site, vous avez mis le lien avec mon blog comme vous me l’aviez indiqué…..
    bien sûr, je vais mentionner le vôtre sur mon propre blog en mention permanente dans une nouvelle rubrique « blogs amis » que je vais créer
    bien cordialement

    J'aime

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