Si vous ne comprenez pas ça, vous ne comprendrez pas Syriza…


La campagne de dénigrement avait commencé avant les élections grecques. Les tenants de la Droite libérale qui avaient signé le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) en 1997, le Conseil européen qui l’avait réformé en 2005, les conservateurs de tout poil qui avaient applaudi au PSC renforcé et au « Six Pack » en 2011, les responsables des Etats européens qui ont ratifié le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG), la Gauche « normale » qui a accepté le « Two Pack » qui a suivi, les commentateurs et les « experts » néolibéraux qui ont applaudi à cet empilage de mesures économiques, ceux à qui les mots « Gauche radicale » donnent de l’eczéma, tous avaient prévenu les Grecs -sans beaucoup de respect pour la Démocratie- qu’un vote pour Syriza signifierait crime et châtiment.

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Et bien le peuple grec, comme tout peuple qui se respecte, a envoyé un message très clair à la Troïka et à tous les adeptes de la rigueur, « Allez vous faire voir chez nous » ! Il faut dire les Grecs s’étaient vu trainés dans la boue par nos experts. « Il faut qu’ils nous remboursent », « il faut que chaque Grec paye ses impôts » (Michel Sapin), « les Grecs ont triché, il faut qu’ils payent », « il n’est pas question d’ annuler la dette grecque », « il n’est pas question de transférer le poids de la dette des Grecs vers les contribuables français ou allemands. Il faudra rembourser la dette » (Michel Sapin again), « les Grecs champions de la fraude fiscale », bref une litanie sans fin d’anathèmes sur ce peuple grec qui n’en demandait pas tant.

Au début était la crise économique de 2008-2010

L’économie de la Grèce était une des plus dynamiques de la zone euro de 2000 à 2007 avec un taux de croissance de 4,2 % grâce notamment à l’apport de capitaux étrangers. Une économie dynamique et une baisse des taux d’intérêts (grâce à son entrée dans la zone euro) permettaient à la Grèce de financer d’importants déficits structurels. Depuis son entrée dans la zone euro, la dette publique a toujours été supérieure à 100 % du PIB. La crise financière de 2007-2010 et la crise économique qui a suivi ont particulièrement touché la Grèce. Ses deux principaux secteurs économiques, le tourisme et le transport maritime, ont été sévèrement affectés et ont vu leur revenu chuter de 15 % en 2009.

Ceci n’était qu’un début !

 

h-20-2623791-13197201912010 Premier plan de sauvetage

Le monde financier découvre que le déficit Grec a été truqué, et aidé par qui ? Je vous le donne en mille Emile, par la banque Goldman Sachs, spécialiste bien connue aujourd’hui pour sa fabrication de produits financiers tellement obscurs que même les experts n’y comprennent rien. Des contrats de swaps de change auraient permis de dissimuler l’ampleur de la dette.

Aux grands maux les grands remèdes, l’Europe décide alors de mettre en route un traitement de cheval pour guérir le malade. En échange d’une aide de 110 milliards d’euros (1) le gouvernement Papandréou décide d’un plan d’austérité et des mesures structurelles pour réduire le déficit (2), diminuer la dette et traiter la récession. Les chercheurs en médecine financière du FMI, de la BCE et de la Commission Européenne, estimant qu’il s’agit du meilleur traitement pour soigner cette maladie, lancent le protocole expérimental de médication et les Grecs se retrouvent comme des souris dans un laboratoire pharmaceutique. Ci-dessous le détail du cocktail de médicaments.

(1) il ne s’agit pas d’un don (!) mais, en quelque sorte de prêts relais à des taux plus favorables qui permettent à le Grèce de renouveler sa dette.
(2) Ces mesures devaient être soumises au Parlement Grec mais le couple Sarkozy – Merkel dissuade Papandréou de consulter le peuple qui allait faire les frais de l’austérité.

Liste non exhaustive de mesures :

  • Hausse de la TVA : de 13% à 23%
  • Création d’un impôt de « solidarité » de 1 à 4 % en fonction des revenus, et d’un impôt supplémentaire de 3 % pour les fonctionnaires.
  • Hausse de 10 % des taxes sur l’essence, le tabac et l’alcool
  • Taxe supplémentaire sur l’habitation (70% des Grecs sont propriétaires en 2010)
  • Suppression de 150 000 postes d’ici à 2015 ( plus de 20%)
  • Gel ou réduction (jusqu’à 20 %) des salaires dans la fonction publique
  • Amputation des pensions de retraite de 7 % en moyenne.
  • Recul de l’âge de départ à la retraite de 60 à 67 ans d’ici à 2014, et passage de 37 annuités à 40.
  • Flexibilisation du marché du travail dans le privé
  • Suppression des 13ème et 14ème mois dans le public
  • Suppression des allocations de solidarité pour les chômeurs de longue durée, les salariés à faible revenu, les retraités, les paysans, etc.
  • Réduction des allocations de solidarité pour les handicapés.
  • Seuil de non-imposition baissé de 8000 € annuel à 5000 €
  • 30 000 fonctionnaires « mis en réserve » : payés à 60%, ils ont 1 an pour retrouver du travail
  • Privatisations :
    • Vente (au rabais) au plus offrant des terrains publics dans des zones touristique
    • Vente de 10 % d’OTE, la société nationale de téléphonie, à son actionnaire principal, Deutsche Telekom
    • Cession de la part de l’Etat dans la Banque postale (34 %)
    • Dans les ports du Pirée (75 %) et de Salonique (75 %)
    • Privatisation d’une partie des actifs publics dans les sociétés nationales de gaz, d’électricité, d’exploitation minière, dans les autoroutes, la poste, la loterie nationale…

Pendant que les gouvernements de la zone Euro s’appliquaient à soigner le malade, les spéculateurs des marchés financiers et les agences de notations s’en donnaient à cœur joie. Entre le 1er décembre 2009 et le 11 novembre 2011, le taux des obligations grecques à dix ans est passé de 4,84 % à 41,41 % (!!!). En octobre 2011 la dette s’élevait avant décote à 158 % du PIB, alors que dans le même temps le Japon avec un niveau d’endettement de 229 % du PIB avait des taux d’obligations de 1 %.

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2012 Second plan de sauvetage

La situation du malade continue d’être critique et les médecins revoient le protocole de traitement. Pour pouvoir bénéficier du second plan de sauvetage, les grecs doivent s’infliger une potion de plus en plus amère : un abaissement de 22 % du salaire minimum, ramené à 586 euros brut sur quatorze mois, la suppression dans l’année de quinze mille emplois publics, de nouvelles coupes dans certaines retraites et dans les salaires des fonctionnaires. Le projet prévoit également la réduction du budget de la sécurité sociale et de l’armée, ainsi que la privatisation de quatre entreprises d’État.

Résultat du traitement

Le malade est à l’agonie. Le chômage est de l’ordre de 27 %, et de 50 % pour les jeunes. La dette dépasse 175 % du PIB. Entre 2006 et 2013, alors que les prélèvement fiscaux sont passés de 30,8 dette-pays-pauvres-1024x663-635x411% à 34,3 %, la TVA de 19 à 23 %, les recettes fiscales sont passées de 67,2 milliard d’euros à 62,5 milliards. Les pensions de retraite sont devenues la source principale de revenus pour 40 % des ménages. Sur 11 millions d’habitants que compte la Grèce 2,4 millions de contribuables sont devenus insolvables. La plupart des emprunts -prêts hypothécaires, à la consommation, aux entreprises- et des crédits ne peuvent être remboursés. Ces dettes privées non remboursées représentent aujourd’hui 70 milliards d’euros. Des centaines de milliers de Grecs ne peuvent plus se soigner On rapporte également que faute de moyens, certains hôpitaux en viennent à emprunter à d’autres hôpitaux du matériel médical, ou même à demander à leurs patients de l’acheter eux-mêmes ! La compagnie pharmaceutique allemande Mercks à annoncé en 2012 qu’elle ne livrerait plus de médicaments anticancéreux aux hôpitaux en raison des difficultés de paiement. En 2013, 35 % des salariés avaient des arriérés de salaires de plusieurs mois. Voulez-vous une idée du désespoir de ce peuple ? Lisez la lettre qu’a laissée Dimitri Christoulas, pharmacien de 77 ans, qui s’est suicidé le 4 avril 2012 place Syntagma.

Et pendant ce temps là on estime que 70 milliards ont pris le chemin de l’évasion fiscale vers des cieux peut être moins ensoleillés mais beaucoup plus accueillants.

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Et maintenant il y a Syriza

Vous devez mieux comprendre maintenant pourquoi le peuple Grec, malgré les menaces, les pressions (3), a choisi Syriza, un parti de la Gauche radicale. Les lobby bancaires et financiers auraient accepté sans trop renâcler une victoire de l’extrême droite Aube Dorée, à défaut du Pasok ou de Nouvelle démocratie avec lesquels il avaient longtemps commercé, mais un parti de Gauche qui remet en cause l’intouchable dogme TINA (There Is No Alternative) c’est un véritable crime de lèse-marché (4).

(3) Si on annulait la dette grecque le contribuable français devrait payer 731 € supplémentaire.
(4) Où nous avions fait le buzz avec la nouvelle maitresse de notre Président. Autre article où l’on explique ce qu’est TINA.

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On ne sait pas si Syriza réussira à déjouer les pièges qui lui sont tendus. On ne sait pas si Alexis Tsipras pourra tenir ses promesses. On ne sait pas si son ministre des Finances, l’économiste Yanis Varoufakis, saura trouver une solution au règlement de cette dette odieuse.

Ce que l’on sait c’est que ce nouveau gouvernement va penser au peuple qui l’a élu avant plutôt que de continuer à laisser le gouvernement du pays entre les mains d’une Troïka de technocrates néolibéraux.

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 06/02/2015, dans économie, politique, et tagué , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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