Sarkozy un winner ??


Au Coin du Comptoir on n’est pas trop « attaques ad hominem ». Vous avez dû le remarquer, on s’attache plutôt aux faits et aux idées -que l’on partage ou pas- pour essayer d’y voir un peu plus clair et ne pas tomber dans les pièges des grands experts et analystes qui nous racontent souvent n’importe quoi ou toujours la même chose. Il est parfois difficile de réfuter toutes les propagandes, quasiment impossible de lutter contre les rumeurs, mais il est intéressant de démonter le storytelling -les histoires qu’on nous raconte- et de voir comment les communicants essaient de nous faire avaler leurs salades. A nous de faire appel à notre mémoire ou à la mémoire d’Internet pour réécouter, relire, ce qui a été dit ou écrit.

dessin-de-presse

Nos Présidents n’ayant plus depuis longtemps d’idées, de programmes, de volonté de réformer ce qui doit l’être, ils n’ont plus qu’un manuel qui commence déjà à être un peu écorné : « Comment gagner une élection pour les nuls« . Le livre comporte plusieurs chapitres sur les manières de séduire l’électeur pour qui la présidentielle reste le scrutin favori. Point  de politique -dans le sens noble du terme- dans ce livre de recettes, simplement le choix d’un avatar, le sympa, l’hyperactif, le normal,… et une annexe : « que faire une fois élu ?« 

Aujourd’hui on a décidé de démonter une légende qui, comme celle de Lourdes,  a fait déplacer les foules en 2007, la légende de Sarkozy le winner, et de Sarkozy II, le retour du super héros qui devrait sauver la France une fois encore en 2017. S’il est une image construite par les communicants, c’est bien celle d’un Sarkozy qui gagne tout ce qu’il entreprend, surmonte toutes les difficultés. Voyons honnêtement ce qu’il en est…

L’image du gagnant en prend déjà un coup lorsque notre jeune Nicolas est en sixième. Il redouble ! Vous nous direz qu’ils sont nombreux ceux qui ont eu du mal avec cette classe, mais il faut bien un début. Pour redoubler, il quitte le lycée Chaptal pour le Cours privé Saint Louis de Monceau. Est-ce déjà les prémices de son aversion pour le service public ? Les psychologues feront certainement la relation un jour.

img-6302-320x240

Ce redoublement ne l’empêche pas de réussir son bac puis un DEA de droit privé. Il fait son service militaire en 1978 à la Base Aérienne 117, place Balard à Paris dans le groupe rapide Bidassed’intervention. Pas de chance, cette unité est chargée des tâches de propreté, tâches éminemment utiles mais peu glorieuses. Il entre à l’institut d’études politiques de Paris et il en sort en 1981 non diplômé mais au moins il ne s’est pas fabriqué de faux diplômes. Cette année 81 ne lui laisse donc que de mauvais souvenirs quand on sait que la Gauche revient au pouvoir pour la première fois de la cinquième République.

original.13488.demi C’est toutefois cette même année qu’il devient stagiaire puis collaborateur du cabinet d’avocat Guy Canet et, en 1987, il crée sa propre étude avec deux associés. Avocat d’affaires, il lui est arrivé d’accompagner ses clients fortunés en Suisse pour gérer leurs affaires. Il y joue toutefois de malchance avec  Jacques Heyer, gestionnaire de fortunes suisse, et l’un de ses clients, Henri Lecomte se retrouve malheureusement ruiné. Devenu Président,  les Suisses, qui connaissaient cette affaire, n’ont pas particulièrement aimé son discours sur les paradis fiscaux en 2009.

.

Entré très jeune en politique Nicolas Sarkozy est souvent présenté comme un gagnant et un bon candidat. Pourtant la liste de ses défaites et victoires penche largement en faveur des défaites…

Il adhère à l’UDR en 1974 et milite pour l’élection de Chaban Delmas à la présidence de la République. Raté ! Par contre, après le décès en 1983 d’Achille Peretti , maire de Neuilly, il est chargé de la campagne électorale de Charles Pasqua pour les municipales mais profitant de l’hospitalisation de ce dernier il se déclare candidat et devient maire de Neuilly. Pasqua l’apprendra à sa sortie de l’hôpital !

nicolas-sarkozy-et-charles-pasqua-en-1990

 1995 : Sarkozy trahit Chirac pour soutenir Balladur. Mauvais choix : Balladur est battu au 1er tour de l’élection présidentielle et Sarkozy est hué par les militants du RPR entre les deux tours du scrutin.

 1999 : Sarkozy, secondé par Madelin, conduit la liste RPR – Démocratie libérale aux élections européennes. Cette liste subit une sévère défaite, arrivant en 3e position derrière la liste du vendéen De Villiers. Nicolas quitte la présidence par intérim du RPR.

 2003 : Sarkozy est à la manœuvre au ministère de l’Intérieur. Sûr de son fait, il organise un référendum en Corse destiné à modifier «l’organisation institutionnelle» de l’île. Nouvel échec.

 2004 : Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie, annonce la vente de 500 à 600 tonnes d’or de la Banque de France sur 5 ans. La France pourra placer l’argent ainsi dégagé sur des devises et des placements obligataires, dont les intérêts serviront à réduire la dette. L’opération est un échec technique, une erreur d’appréciation que mettra en avant la Cour des comptes dans son rapport annuel.

or

 2008 : élections municipales. L’ UMP, soutenue sans vergogne par Sarkozy, espère des conquêtes significatives au détriment du PS et de ses alliés. Le résultat est catastrophique : si Mulhouse bascule à droite, les villes d’Amiens, Argenteuil, Caen, Metz, Quimper, Rouen, Saint-Denis, Strasbourg, Toulouse et Valence, pour ne citer que les principales, basculent à gauche. La défaite est cuisante, c’est un échec pour le chef de la majorité !

 2010 : élections régionales. Après la débâcle de 2004, l’UMP aux manettes, toujours soutenue par un Sarkozy sortant de sa neutralité, a bon espoir de reprendre des territoires à la gauche. Il n’en est rien : sur les 27 régions, la gauche accroit sa domination écrasante, faisant de ce scrutin une véritable Bérézina pour le parti présidentiel et ses alliés qui ne conservent que 3 régions : l’Alsace, la Corse et la très modeste Guyane.

sarkozy-fillon-regionales-berezina

 2011 : élections cantonales. L’ UMP jette ses forces dans la bataille pour contrer une gauche conquérante. Pas d’inquiétude cependant pour les caciques du parti présidentiel dans l’optique des sénatoriales de l’automne, le scrutin ne devrait pas entraîner la perte de la Chambre Haute. C’est encore un échec. Résultat du vote : 1213 sièges pour la gauche parlementaire contre 753 pour la droite : 4 départements basculent à gauche contre 1 à droite. Suspense pour le Sénat…

2011 : élections sénatoriales. Après avoir compté et recompté leurs grands électeurs, gauche et droite se disent confiantes, la première pour conquérir enfin cette Assemblée, la seconde pour en garder le contrôle malgré des résultats calamiteux dans les collectivités locales lors des scrutins précédents. En définitive, la gauche l’emporte et, avec 179 voix sur 342 exprimées, Jean-Pierre Bel (PS) succède à Gérard Larcher (UMP) au «plateau», autrement dit à la présidence du Sénat. Un échec encore une fois.

838_theoreme_ump-300x300

 2012 : élections présidentielles. C’est assez récent pour que tout le monde s’en souvienne. Bien qu’ayant appliqué à la lettre le chapitre « mettre la barre à droite toute  » du manuel pour les nuls c’est encore un échec cuisant.

 2012 : rejet des comptes de campagne du candidat de la Droite. L’UMP est ruinée et il faut faire appel à la générosité des militants et de l’Etat (réduction d’impôts sur les dons) pour ne pas être mis en faillite.

Nous passerons rapidement sur deux échecs matrimoniaux qui bien que scénarisés restent du domaine de la vie privée. Nos deux derniers Présidents ont du lire tout de travers le chapitre « Image de la vie de famille  » ou celui  » « De l’importance de la vie privée dans les élections modernes« .

echec-sarkozy-jm

 Winner ? Vous avez dit Winner ?

 Ce rappel du palmarès de Sarkozy est éloquent et se suffit à lui-même pour démontrer que le président de l’UMP n’est pas, loin s’en faut, le chef auréolé de lauriers gagnés dans les batailles du passé, mais un homme qui, en 2007, a su tenir à des Français crédules le langage qu’ils voulaient entendre. Un langage d’espoir pour les classes populaires et moyennes : espoir de gagner plus ; espoir de voir s’éloigner le spectre du chômage ; espoir de voir reculer l’insécurité, et notamment les atteintes aux personnes ; espoir de voir diminuer les déficits publics et la dette ; espoir de voir les efforts répartis plus équitablement…

 Ça n’a pas marché, et ça ne fonctionne pas mieux pour son successeur.La faute à la crise? A pas de chance ? A une mauvaise lecture du livre pour les nuls ? La légende du gagnant, de l’homme providentiel est un mythe et la réalité reprend toujours le dessus !  Mais il a changé, enfin c’est ce qu’on nous dit. Il voudrait reconstruire un nouveau storytelling, une nouvelle légende, en potassant d’autres chapitres dans le manuel du Winner…

 

 

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 25/01/2015, dans politique, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :