Quand la Banque Centrale Européenne se défile…


Dans notre bistrot préféré, dans nos discussions du café du commerce on n’a pas les yeux fixés sur le guidon. Comme nous ne sommes pas partisans de la mise en place d’un mur -avec miradors- sur le Rhin, de  3 rangées de barbelés sur les côtes de la Méditerranée on regarde ce qui se passe chez les voisins. Notre ami Bob (monsieur Robert, inspecteur des impôts et notre économiste de comptoir) qui a remplacé depuis un certain temps son sempiternel Picon-bière par un bon whisky irlandais, lisait un article dans La Tribune en faisant tinter les glaçons dans son verre. Il se mit à en lire à haute voix le début.

La commission d’enquête de l’Oireachtas, le parlement irlandais, a commencé ce mercredi 17 décembre ses auditions… sans la BCE. La demande des parlementaires de l’île verte d’entendre les explications de l’institution de Francfort concernant son rôle dans la crise qui a secoué le pays en 2010-2011 a été une nouvelle fois méprisée. La BCE se considère en effet comme relevant de la seule juridiction européenne. Seul le parlement européen aurait donc le droit de convoquer devant une commission d’enquête les membres passés et actuels de la BCE. Aucun parlement national ne peut jouir de ce droit (…)  « Vous vous rendez compte !

Et le voilà nous expliquant les causes de son indignation. Tout avait commencé juste avant la crise européenne. La crise de l’Irlande résulte essentiellement d’une bulle immobilière financée par des banques irlandaises à partir des marchés internationaux de crédit. Les finances publiques irlandaises étaient saines, avec un endettement public égal à 25 % du PIB annuel de l’Irlande, elles ont été déstabilisées pour trois raisons :

– La crise immobilière a provoqué l’effondrement du secteur immobilier, à savoir la construction et les services immobiliers.

– La baisse très forte de l’emploi qui s’en est suivie s’est étendue à l’ensemble du commerce et des services.

– Le système bancaire s’est alors caractérisé par des actifs immobiliers toxiques financés à très court terme sur les marchés internationaux de crédit. L’État irlandais a alors tenté de garantir les cinq banques irlandaises soit 480 milliards d’euros de passif donc trois fois le PIB annuel de l’Irlande, or dans le même temps, à la suite de la crise immobilière, puis des services, les revenus fiscaux annuels sont passés de 47 à 31 milliards d’euros !

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Une fois encore, l’Etat a essayé de sauver ses banques, et du coup s’est mis dans une situation dont il était impossible de sortir sans l’aide de l’Europe. Les 480 milliards d’€ d’actifs étaient financés par les dépôts des particuliers à raison de 300 milliards d’€, et près de 160 milliards d’€ étaient empruntés à très court terme sur les marchés et les prêts interbancaires. Les marchés de crédit ont cessé de renouveler les emprunts des banques irlandaises et elles ne peuvent plus emprunter sur les marchés interbancaires. La BCE et la Banque Centrale d’Irlande ont pris le relais : au 29 octobre 2010, la BCE accordait pour 130 milliards d’ € de facilités (soit le quart du total des prêts de la BCE aux banques de l’Eurozone), cela représente 80% du PIB annuel de l’Irlande, et la Banque d’Irlande accordait pour sa part 30 milliards d’€ d’avances.

Après la Grèce, c’était donc au tour de l’Irlande de devoir avoir recours au soutien de l’Union européenne et du Fonds monétaire international, via le fonds de stabilisation de 700 milliards d’euros mis en place en urgence au printemps. Était-ce sans arrière pensée ?

Pour s’en sortir, l’Irlande aurait pu décider de mettre une partie de son système bancaire en faillite en faisant payer la facture d’abord aux créanciers et aux déposants. Comme on le fera plus tard à Chypre. Assainir les banques à leurs dépens n’eût sans doute pas évité à l’Irlande l’austérité. Mais la facture aurait été moins lourde pour le contribuable irlandais et surtout, à la différence de Chypre, l’Irlande est moins dépendante de son secteur bancaire.

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Seulement voilà, selon Cerstin Gammelin et Raimund Löw, deux journalistes allemands, « la France et l’Allemagne ont empêché la participation des créanciers et des déposants au sauvetage de l’île. » Pourquoi ? Tout simplement parce que l’Irlande paye-plan-sauvetage-banques-L-d3F8Hra été pendant des années le point d’ancrage de nombreuses banques européennes, alléchées par les taux d’imposition très bas. Si le système irlandais s’effondre, la facture sera lourde pour ces banques. En particulier pour la banque munichoise Hypo Real Estate (HRE), une des plus mal gérées du continent. Ils racontent comment le contribuable irlandais a été mis à contribution pour sauver les banques françaises et allemandes fortement exposées au risque irlandais. Et comment, à l’inverse, dans le cas de Chypre, où les intérêts des deux grands pays étaient faibles, les déposants et créanciers, ont, cette fois, été mis à contribution pour renflouer le pays. Deux poids, deux mesures.

Selon les auteurs allemands cités, la BCE n’aurait pas voulu d’un sauvetage de ce type. Mais l’institution alors soutenue par Jean-Claude Trichet a cédé devant les pressions politiques. Ceci explique mieux pourquoi la BCE a accepté la reconnaissance de dette de la Banque d’Irlande, qui est une forme de financement direct de l’Etat irlandais, puis a accepté que cette dette soit ensuite lissée sur 40 ans. Mais cela prouve aussi que la BCE n’a guère agi seule dans cette affaire.

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On sait maintenant, suite à la publication d’une lettre de Jean-Claude Trichet au ministre des Finances irlandais, que la BCE a fait pression sur le gouvernement pour que les actionnaires et les créanciers des banques soient épargnés et qu’on leur substitue le contribuable irlandais. A l’inverse, la France et l’Allemagne s’en sortent plutôt bien. Leurs banques ont sauvé l’essentiel. Une députée a même commenté ce qui ressemble à un chantage de la BCE sous la Pression de la France et de l’Allemagne : « Les citoyens irlandais ont renfloué le système bancaire allemand et c’est intenable. Il faudra, à long terme, faire quelque chose de plus juste »

Marchez citoyens ! Après avoir sauvé les banques il faut maintenant sauver le pays. Hier les banques, aujourd’hui la dette, demain ??

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 19/12/2014, dans économie, politique, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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