Si les banques sont trop grosses pour faire faillite, le sont-elles pour se réguler ?


C’est aujourd’hui, devant les parlementaires européens qu’aura lieu l’audition de la commission ECON [c’est pas nous qui avons choisi le nom !] commission chargée, entre autre,  de la réforme de la structure des banques.

Tout récemment, comme on se faisait un apéro critique de banques après la sortie du LuxLeaks, on se disait que rien n’avait changé dans les banques. Un article du Guardian est venu conforter notre opinion en posant la question : si elles sont « to big to fail »  sont-elles aussi trop grosses pour  se réguler ?

aboulez le cash !

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Ceux qui ont cliqué frénétiquement sur le lien du Guardian pour avoir une réponse britannique à la question et qui ne sont pas trop familiers avec la langue de Shakespeare ont été un peu déçus. Mais vous savez que nous sommes sympa et que nous avons sous le coude, un Coin de Comptoir bien sûr, mais aussi un traducteur plus ou moins fiable et que nous l’avons mis à contribution.

Aussi voici sa traduction de l’article de Robert Jenkings.

Ainsi, les banques sont trop grosses pour faire faillite. Sont-elles aussi trop grosses pour se réguler?

En dépit de scandale après scandale dans le secteur financier, l’absence de responsabilité personnelle persiste.

Selon un rapport publié cette semaine, il faudra une génération pour réparer la culture bancaire de haut niveau en miettes. Le groupe de réflexion New City Agenda a calculé qu’au cours des 15 dernières années, les banques ont payé 38,5 milliards de £ en amendes et réparations pour mauvais traitements de sa clientèle.

Les conseils d’administration et leurs régulateurs reconnaissent la nécessité d’un changement, et tous les avis concordent à dire que c’est un énorme problème. Alors, pourquoi cela devrait-il prendre aussi longtemps et comment peut-on forcer les choses à aller plus vite?

Il y a quelques mois, un négociant en vins vieux a été condamné à une peine de 10 ans pour avoir dénaturé la qualité des produits. Un banquier qui a dénaturé ses produits ou ceux de la banque ne sera jamais confronté à ce type de sanction. Scandales après scandales, l’absence de responsabilité personnelle persiste. Le montant des sanctions varie suivant le régulateur, mais il y a une réticence à punir individuellement l’auteur. Le message envoyé par les organismes de réglementation pour les banques est: « Voici le deal: votre amende sera une tonne d’argent ; mais personne n’ira en prison ; nous ne citerons aucun nom ; et le meilleur : vous pourrez régler la facture avec l’argent de vos actionnaires »!

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Il est vrai, en Grande-Bretagne, le gouvernement propose de nouvelles lois pour sanctionner ces comportements. Mais les outils déjà en place restent et ne changent pas. Le Royaume-Uni a longtemps eu un régime « de personnes agréées » administré initialement par la Financial Services Authority, et maintenant par l’Autorité de Contrôle Prudentiel. Le PRA détermine qui convient et qui est appropriée à occuper les postes clés de la finance. L’accent a surtout été mis sur qui est approuvé et comment. Mais ces autorisations préalables peuvent être révoquées. On se demande pourquoi elles ne l’ont pas été. Certes, on ne manque pas de contrevenants liés aux scandales. Qui ne veut pas agir ?

Pensez à la liste de ceux qui ont un intérêt dans l’affaire. Les banques impliquent de nombreuses parties prenantes. Il s’agit notamment de la société, des clients, des actionnaires, des employés et des cadres. Nous avons déjà mentionné l’indignation de la société et la consternation de clients. Tous deux réclament justice. Qu’en est-il des autres?

Il est certain que les actionnaires aimeraient voir les incapables être identifiés et punis. Après tout, l’ampleur et la durée des actes répréhensibles montrent que les directions, soit étaient complices des actes de leurs subordonnés, soit étaient trop incompétentes pour les empêcher. Faites votre choix, mais dans les deux cas elles auraient dû être suspendues comme impropres à ces responsabilités. Je suis sûr que les actionnaires aimeraient échanger un exécutif ou deux pour quelques milliards de moins en amendes de régulation.

Boucher-et-banquier

De même, les employés devraient être très en colère. La plupart des employés de ces banque sont honnêtes et travailleurs. Ils sont malades et fatigués d’avoir à défendre la réputation de leur industrie. Et cette réputation continue de souffrir de la croyance bien fondée que les «banquiers se sont enfuis avec le magot ». En outre, les sanctions et les amendes causées par les malfaiteurs ont entraîné une compression des primes et des avantages sociaux. Alors, pourquoi ne pas contrôler, gérer, discipliner et évincer les hauts responsables des banques ?

Et puis il y a les cadres eux-mêmes. Oui, ils sont également parties prenantes. En effet, de nombreux commentateurs ont fait valoir que les banques ont longtemps été dirigées par les cadres pour les cadres -et le sont toujours-. Mais les dirigeants ont-ils insisté sur le fait qu’ils sont une force positive ? N’ont-ils pas promis de réformer leurs institutions ? N’ont-ils pas fondé une commission sur les normes bancaires pour renforcer les normes bancaires?

Oui, mais cela pourrait aider leur cause s’ils appelaient publiquement à l’interdiction d’exercer dans la finance ceux qui occupent des postes de responsabilité en rapport avec les scandales. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? De qui ont-ils peur?

Enfin, il y a les organismes de réglementation. Ils ne sont pas parties prenantes dans l’institution, mais les régulateurs et les décideurs ont un intérêt dans la légitimité et la stabilité du système qu’ils supervisent. La responsabilité est la clé de la légitimité et à la base du comportement responsable . Ainsi, il était stimulant d’entendre le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, dénoncer publiquement les malfaiteurs financiers. Il devrait commencer par s’occuper des retards dans ses livres.

Six ans après l’effondrement de Lehman Brothers, de nombreuses grandes banques restent too big to fail, trop grosses pour faire faillite, trop grosses pour se renflouer, trop grosses pour la prison et trop grosses à gérer. Sont-elles aussi trop grosses pour se réguler?

http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/nov/28/banks-too-big-to-fail-regulate-financial-sector-accountability?CMP=twt_gu

 

Ce n’est pas demain que l’on verra un changement de décor coté banque, mais que voulez-vous, on peut quand même les pointer du doigt régulièrement, histoire de montrer qu’on n’est pas dupe…

 

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 02/12/2014, dans économie, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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