Le remède « austérité » : 5 ans après en Grèce…


Le remède « austérité » prescrit par les docteurs de la Commission Européenne, traitement appliqué par l’ancien gouvernement comme par l’actuel en France, semble avoir des effets secondaires qui ne paraissent pas inquiéter les médecins prescripteurs. Il faut dire que s’ils voient des améliorations dans les chiffres inscrist au pied du lit du patient,  le malade grec, lui, souffre de plus en plus.

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Nous avons reproduit ici un très bon article paru dans le « pure player »¹ Hexagones qui ne devrait pas rassurer le patient français sur l’évolution de sa maladie dans les années qui viennent. Au moment où la Commission de Bruxelles nous demande comme aux autres d’accentuer notre effort, nous avons pensé utile de regarder ce que la méthode économique -sans alternative- appliqué depuis plus de 5 ans en Grèce a apporté au premier concerné, le peuple grec.

¹ – Expression popularisée pour désigner les entreprises ou médias œuvrant uniquement sur Internet

      C’est ainsi que les Grecs (sur)vivent…

Après cinq années de crise financière et économique, la Grèce meurt de faim. Le Secours Populaire Français a organisé, il y a quelques semaines, une vaste opération pour apporter 120 tonnes de nourriture.

À l’entrée du stade Glaukos de Patras, des dizaines de Grecs attendent. Derrière l’imposante porte d’entrée du gymnase, la toile de fond est sombre : une friche industrielle. Les mots qui fusent de l’attroupement sonnent clair : « Dites aux Français que nous avons faim ! Que si nous sommes ici, c’est parce que nous avons le ventre vide. Et dites leur merci, aussi ! » 2014… un jour de novembre en Grèce. Pas comme les autres.

Si ces dizaines de Grecs attendent, c’est parce qu’ils ont été sélectionnés par Solidarité populaire, l’association grecque partenaire du Secours populaire français (SPF), pour recevoir des colis de nourriture.

Au total, le SPF a dépêché 5 camions, et 120 tonnes de nourriture pour venir en aide à la population qui crie famine. «La situation de nos amis grecs nous inquiète beaucoup, explique Julien Lauprêtre, le Président du SPF. Ici, je vois la misère, la pauvreté gagner du terrain».

 Que ce soit à Patras, où le SPF passe la troisième journée de sa mission, ou à Athènes, les deux jours précédents, les images se ressemblent : magasins fermés le long des rues, maisons «à vendre» à perte de vue, mendiants aux entrées des métros…

La crise pour tous

«Avant la crise, nous pouvions survivre. Je travaillais dans les champs… Maintenant il n’y a plus de boulot pour nous», témoigne Nikos Cherasiotis. À 44 ans, il n’a pas eu entre ses mains un seul outil depuis 2011. Il vit avec sa femme et leurs quatre filles dans un logement social, mais ne perçoit aucune indemnité chômage –qui n’est versée que pendant une année après la perte d’un emploi salarié-.

Alors, il «reste à la maison. La situation est de pire en pire. Ma femme et moi sommes obligés de faire l’aumône», poursuit-il.  Vous savez, il n’y a même plus de travail sur le port», affirme ce natif de Patras qui se rappelle de l’heure où la ville était un centre de transit important.

Des témoignages comme celui de Nikos se multiplient. Panayotis Panayotopoulos, 39 ans, travaillait lui aussi dans les champs avant de se retrouver au chômage comme sa femme, Catherina Kokoni, âgée de 33 ans. «Est-ce que nous sommes des citoyens de seconde zone ?» demande-t-elle.

 No future

(…) Cette question taraude tous les esprits dans ce pays de 10,8 millions d’habitants où le chômage atteint des records. En juillet 2014, 26,4 % des actifs étaient sans emploi selon Elstat, l’office grec des statistiques. Ce taux s’élevait à 9,6 % en juillet 2009. Aujourd’hui, 50,7 % des 18-25 ans sont au chômage alors qu’il se chiffrait à 26,3 % en décembre 2008, lorsqu’a éclatée la révolte des jeunes, à Athènes. (…)

Réduction de salaires

«Tout le monde est touché par la crise et les politiques menées, explique-t-il. Mon salaire a été baissé de 30 % depuis 2010. Avec les hausses de taxes et l’introduction de nouveaux impôts, j’estime que mon revenu annuel a diminué de 50 %.» «C’est une thérapie de choc qu’a subie le pays», analyse Christos Triantafillou.

Pour ce chercheur à l’Institut du Travail, «la crise de la dette a servi de prétexte pour imposer des politiques drastiques d’austérité budgétaire et de dévaluation interne, insistant exclusivement sur des politiques de l’offre, en sous-estimant le rôle de la demande, de la répartition des revenus et de la justice sociale.»

Dans le cadre des mémorandums signés, depuis 2010, entre les gouvernements grecs, le FMI et l’Union européenne, en échange de prêts pour éviter à la Grèce la faillite, le pays applique des mesures d’ajustement structurel. Le droit du travail a été considérablement assoupli, les licenciements facilités.

Le salaire minimum national a été réduit, passant de 751 euros bruts à 580 euros bruts, et à 510 euros pour les moins de 25 ans. Les revenus réels ont diminué de 30% depuis 2010. La demande s’est tarie. Une spirale infernale s’est installée. Les taxes et impôts, qui ont augmenté, ne rentrent pas dans les caisses de l’État. (…)

Dépression

Selon une étude réalisée par l’Institut universitaire de recherche en santé mentale, une vague de dépression profonde a frappé 12,3% de la population en 2013 ; ce taux était de 3% en 2008(…)

(…)Pourquoi ? «Le taux de chômage des jeunes est extrêmement élevé. La perte de confiance en l’avenir est extrêmement importante. En outre, dans les couples, les conflits se sont multipliés, activés aussi par la peur de ne pouvoir satisfaire ses obligations professionnelles, ou au sein de la famille», explique Lily Peppou, la chercheuse qui a coordonné l’étude. (…)

(…) Début avril 2012, le suicide d’un retraité de 77 ans sur la place Syntagma, devant le Parlement grec, a suscité une vague d’indignation dans tout le pays. Cet ancien pharmacien avait laissé une lettre expliquant qu’il ne voulait pas en être réduit à faire les poubelles pour se nourrir, qu’il avait encore sa dignité à défendre.

Ce cas est loin d’être isolé. Selon Elstat, le taux de suicide en Grèce a augmenté de 26 % en 2011, avec 477 morts comptabilisées. En avril 2014, les chercheurs de l’université de Portsmouth, au Royaume-Uni, indiquaient que chaque réduction de 1% des dépenses publiques en Grèce provoquait une augmentation du taux de suicide de 0,43% chez les hommes. (…)

Garder espoir

Même si le tableau est morose, bien que la pauvreté absolue ait été multipliée par deux entre 2009 et 2011, le nombre de chômeurs de longue durée par cinq entre 2009 et 2013, certains veulent garder espoir.

«Il faut un changement politique. La Grèce n’est pas une exception, ni dans le système européen ni dans le système mondial. Le changement politique devrait permettre de viser le bonheur de l’homme et non celui des marchés financiers», affirme Politis Evangelos. (…)

[ extraits de l’article de Fabien Perrier dans l’édition du 28/11/14 d’ HEXAGONES ]

 

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 28/11/2014, dans économie, Société, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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