Alstom, la face visible de l’iceberg…


Alstom, Pfizer … 2014, année des OPA géantes ?

Les entreprises ont dépensé en quatre mois près de 1.000 milliards en fusions et acquisitions.Six conditions sont réunies pour que le mouvement se poursuive. [ Les Echos 3 mai 2014 ]

Le titre de cet article des Echos avait retenu l’attention des économistes de comptoir de notre bistrot préféré. Ce qui remuait nos médias en mai, c’était le rachat de la branche énergie du groupe Alstom par l’américain General Electric. Notre ministre du « fabriquer français »  qui reprochait à Patrick Kron [ PDG du groupe Alstom ] de ne pas l’avoir informé de ses projets,   avait mis le pied dans la porte de la salle de négociation, jugeant que l’offre de General Electric n’était pas satisfaisante. Les grandes manoeuvres financières duraient et ça a donné du temps aux économistes autodidactes et amateurs d’apéros du Coin du Comptoir pour gratter un peu le sujet.

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Les Echos annonçaient que 6 conditions étaient réunies pour que ce grand marché mondial des fusions-acquisitions aux chiffres impressionnants, fasse de l’année 2014 un année record.

  • La fin du régime (sec). Depuis 2007, quand la bise était venue, les multinationales qui s’étaient mises au régime ont mis sous leur matelas quelques économies pour les temps chauds.
  • La reprise économique. L’Euro n’a pas explosé, la reprise pointe son nez, les entreprises européennes qui ont été un peu secouées ne sont pas chères, elles peuvent prendre quelques risques.
  • Les liquidités. Il y a du cash sous les matelas, les banques centrales distribuent de l’argent pas cher, les investisseurs piaffent.
  • La fiscalité. Comme le dit l’article, dans trois grosses opérations, les multinationales en profitent pour déménager le siège social des nouvelles entités dans des pays à la fiscalité avantageuse et, pour les américaines, évitent de voir taxés à 35 % les bénéfices, même réalisés à l’étranger.
  • La déflation. « les entreprises doivent réduire les pressions sur les prix et trouver de nouveaux moteurs de croissance si elles veulent satisfaire les exigences du marché en terme de bénéfice par action « . Tout est dit !
  • La mondialisation. Là aussi tout est dit dans l’article quand Henderson Global Investors parle de  » proies faciles« , de « small » qui devient moins  » beautiful « , de taille critique…

A la vue des chiffres à faire pâlir un ministre des finances [Pfizer-Astra Zeneca 100 milliards $ ] et de certaines des conditions citées par le journal économique plus haut, on s’est posé quelques questions. Alors que de nombreux pays se serrent la ceinture depuis près de 5 ans, que le chômage en Europe continue sur le remonte-pente au lieu de redescendre la piste, qu’en France il parait que l’Etat providence est devenu trop cher, les multinationales, elles, sont reparties dans le Monopoly planétaire pour le grand plaisir des actionnaires. L’un des éléments de cette conjoncture favorable nous a fait réfléchir : la fiscalité .

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La fiscalité est l’élément essentiel de la survie des états et de leurs citoyens. La fiscalité a permis de sauver les banques quand elles étaient en faillite. La fiscalité a permis de former des millions d’ingénieurs qui font tourner ces entreprises. La fiscalité a même permis de former dans les grandes écoles et universités [au moins en France] les cadres supérieurs et les PDG de ces entreprises. La fiscalité a permis les infrastructures qui permettent à ces entreprises de vendre et d’exporter leurs productions. Et quelle est la première mesure qu’ils prennent dès après leurs arrangements ? Il fuient vers le pays qui les fera bénéficier du dumping fiscal le plus attractif !

dgreUn autre détail fiscal a retenu l’attention de nos économistes accoudés au bar. Les entreprises américaines payent 35 % d’impôts sur les sociétés y compris sur les bénéfices engrangés hors du territoire américain, mais une particularité de ce système fiscal unique au monde est que l’impôt sur ces profits faits à l’étranger ne sont taxés que lorsqu’ils sont rapatriés aux USA . L’argent peut donc être stocké indéfiniment hors du pays. Les multinationales ont ainsi accumulé une montagne de cash  estimée à 2 000 milliards de $. Quoi faire de cet argent ?

Cet argent sert à faire ce que projette General Electric -qui a sous son matelas à l’étranger 57 milliards de $- avec Alstom, racheter une entreprise étrangère dans un pays où la fiscalité est plus favorable pour échapper à un taux d’imposition, l’un des plus élevés au monde.

Les pays d’origine [voir les taux d’impositions de nombreuses entreprises du CAC 40] sont alors privés de recettes fiscales et de capitaux en provenance de ces multinationales. Plus d’argent pour financer les infrastructures, pour soutenir la croissance économique du pays d’origine. Il sera ainsi facile d’imputer le déficit des états aux dépenses, alors que ce sont les recettes qui impactent le plus ces déficits comme le disent depuis longtemps les économistes atterrés ou de bon sens ou comme vient de le confirmer un article du Guardian  [en anglais mais on s’est fendu d’une traduction] qui commentait le rapport d’un audit citoyen sur la dette française.

Petit rappel avant qu’ils ne détruisent l’Etat providence, avant de détruire l’Etat tout court :

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

Article XIIIPour l’entretien de la force publique et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

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Bon, il n’y avait pas encore de multinationales comme aujourd’hui à l’époque, mais la noblesse aussi se fichait un peu de l’humain dans ses villes et ses campagnes, on sait comment ça s’est terminé…

 

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 16/06/2014, dans économie, politique, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Avoir de l’esprit n’est pas chose facile, surtout avec la survenue de l’âge qui complique certaines connexions.Pourtant, la lucidité des textes, la clarté des arguments, la simplicité des approches, débarrassées de tout symbolisme rend ces lectures faciles, et leur compréhension aisée. Merci de tenir bon… Un convaincu et non un con vaincu!

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    • Merci ami du modeste bistrot virtuel,
      l’un des objectifs de ce comptoir était de gommer cette vieille lune de « discussion de café du commerce » comme illustration des papotages stupides et stériles. Ton commentaire semble dire que nous avons un peu réussi après plus de 300 billets et j’en suis assez fier. Beaucoup de ces billets – surtout ceux qui décortiquent l’économie – sont toujours d’actualité. Ils ne font qu’essayer de répondre à la question qui me préoccupait depuis 2008 : pourquoi « les 30 glorieuses » et pourquoi maintenant les « 30 merdiques » ?

      Autres chemins qui nous ont guidé c’est le refus du refrain  » il n’y a pas d’alternative  » ( tapes donc TINA dans la recherche ) et la vérification des faits (tapes donc fact checking dans la recherche ) pour nous sortir de l’info pré-mâchée, de la propagande et de la paresse intellectuelle.

      Mais tu as déjà compris que réfléchir sur les choses avec sa propre tête, même autour d’un apéro, est la seule solution pour ne pas se laisser endormir par le ronron médiatique.

      Cordialement

      Pol Techno

      J'aime

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