Le Projet de Partenariat Transatlantique : Plus ça va, plus c’est la même chose…


«  Partenariat transatlantique « , « Accord de libre échange Union européenne/États Unis », on en parle de ci de là et dans le fond, on ne nous en parle pas beaucoup. Finalement c’est quoi cette négociation trop discrète ? Un pilier de notre Coin de Comptoir se posait la question de ce projet   l’autre jour et du coup, on a décidé d’en discuter un peu.

Allez, on va faire un peu dans la pédagogie. – Libre échange – c’est quoi en vrai ?

Le libre-échange est un principe visant à favoriser le développement du commerce international en supprimant les barrières douanières tarifaires et non tarifaires et les réglementations nationales susceptibles de restreindre l’importation des biens et des services. Au sens strict, la notion ne s’étend pas aux mouvements de travailleurs ou de capitaux.  [ Wikipédia ]

libreechange1

A part chez les gars de la Marine, personne ne pense que la France est toute seule dans l’univers, qu’elle n’a qu’à bricoler ses trucs dans son coin pour être tranquille, heureuse et prospère. Depuis que le Monde est Monde, il y a les autres, et à part se mettre régulièrement des coups de gourdins sur le crâne, l’autre chose la plus pratiquée avec les autres c’est le commerce. Fut un temps, ce commerce qui se faisait à l’intérieur des provinces, puis des pays, puis du monde, était réglementé. On n’achetait pas le blé au pays voisin le moins cher sans y coller des droits de douanes, histoire de ne pas ruiner nos paysans ou même de les faire disparaitre parce que non compétitifs.

Un jour le Monde  s’est mis à adopter les théories d’Adam Smith, consignées dans son célèbre ouvrage – Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations -. Ce livre fondateur de l’économie libérale a un peu boulversifié les pratiques traditionnelles.

« la maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moins à acheter qu’à faire. Le tailleur ne cherche pas à faire ses souliers, mais il les achète du cordonnier; le cordonnier ne tâche pas de faire ses habits, mais il a recours au tailleur; le fermier ne s’essaye à faire ni les uns ni les autres, mais il s’adresse à ces deux artisans et les fait travailler. »

Ce genre d’écrit, semble-t-il frappé au coin du bon sens, appliqué à l’économie des pays a été le lancement de l’idée de libre-échange.

On vous passe la suite, rapidement les pays se sont mis à conclure des accords pour abaisser ces droits de douanes qui étaient des freins au commerce international. On lira avantageusement l’article – 1860, « Le coup d’état douanier » de Napoléon III – dans Alternatives Économiques pour avoir une idée de ce qu’était à l’époque un traité de libre échange et ses conséquences pour les signataires.

En 1947 et les accords du GATT,  23 pays avaient signé un accord pour harmoniser leurs politiques douanières. Le but était de faire baisser les prix pour les consommateurs, mieux utiliser leur facteurs de production et favoriser l’emploi surtout dans les secteurs où chacun était le plus compétitif (ce mot « compétitif » ne vous rappelle rien ?).

Le principe n’est pas mauvais en soi, il favorise les échanges permettant de produire plus et moins cher, il concoure à la croissance des pays concernés. Pour parler comme à l’extérieur de notre bistrot favori, c’est du gagnant gagnant. Mais tout cela est bel est bon quand les échanges restent équilibrés, comme ce devait être la règle, et ils auraient dû le rester sous l’autorité  -normalement- infaillible du Marché omniscient et omnipotent, du FMI et de la Banque Mondiale, ces organisations œuvrant depuis cette époque à l’agrandissement de la zone de chalandise et chargés de sa surveillance.

En 1993 le GATT est remplacé par l’ OMC qui continue à travailler à la libéralisation du commerce mondial pour arriver à ce que l’on nomme aujourd’hui, mondialisation ou globalisation.  Le fameux équilibre nécessaire au bon fonctionnement est perdu de vue au profit d’une inégalité de pouvoir de décisions, entre pays riches et pays pauvres. Le but semble devenu de libéraliser à tout prix le commerce international, sans trop tenir compte des nouveaux éléments de l’économie que sont la société civile -le social- les normes, les règlementations environnementales, sanitaires, du travail, etc.

L'organisation mondiale du commerce découvre une troisième table des 10 commandements [ XI - tu n'appliquera aucun commandement à aucun commerce - ]

L’organisation mondiale du commerce découvre une troisième table des 10 commandements [ XI – tu n’appliqueras aucun commandement à aucun commerce – ]

Oui mais alors, Quid de ce nouvel accord ?

L’Organisation Mondiale du Commerce, chargée de faire les règles pour les échanges internationaux de les négocier et de les surveiller, a connu un échec dans une négociation appelée « Cycle de Doha ». Le programme prévoyait une nouvelle  rafale de mesures de libéralisation. D’une durée de trois ans, ce programme prévoyait des négociations sur l’amélioration de l’accès aux marchés des pays signataires et sur divers autres défis à relever pour le système commercial mondial.

  • Amélioration de l’accès aux marchés pour les pays en développement :Négociations sur les « questions de Singapour »,
    1. Agriculture : ouverture des marchés et réduction, puis élimination, de toutes les formes de subventions à l’exportation et de soutien interne à l’agriculture,
    2. Accès aux marchés pour les produits industriels,
    3. Réduction ou élimination des crêtes tarifaires et de la progressivité des droits,
    4. Suppression des autres obstacles non tarifaires,
  • Déclaration sur l’Accord sur les ADPIC sur l’accès des pays en développement aux médicaments,
  • Environnement : réduction ou élimination des obstacles tarifaires et non tarifaires visant les biens et services environnementaux.

Il était prévu que les pays pauvres seraient dispensés d’ouvrir leurs marchés, bénéficiant de l’ouverture des marchés des pays plus riches sans réciproque.  [Wikipédia]

A l’époque, en 2006, la FAO avait fait ce commentaire :

« l’effondrement des négociations commerciales internationales du cycle de Doha [était] essentiellement dû à une tentative des pays riches, des corporations et des puissants lobbies de s’accaparer des avantages sur les marchés agricoles », regrettant en outre que les négociations se soient focalisées sur « le commerce libre, plutôt que sur le commerce équitable ». La FAO ajoute que « le cycle de Doha était sans grand intérêt pour les pays les moins avancés, qui n’ont pratiquement rien obtenu lors des précédentes négociations commerciales sur l’agriculture de l’OMC. Si la réduction des subventions et des droits de douane agricoles par les pays développés se fait dans l’intérêt des pays en développement, elle doit être appliquée dans un cadre qui accroît les revenus de leurs petits agriculteurs et améliore leur sécurité alimentaire ». En d’autres termes, la FAO critiquait explicitement l’absence d’intérêt de ces négociations, dites « du développement », pour les pays les moins avancés et les petits agriculteurs.

Rappelez-vous, quand on a expliqué cette libéralisation des échanges, on disait que l’équilibre entre les( OMC) Virez moi les barrières du commerce !! [ commerce équitable] [ Droits de l'Homme] [Sécurité alimentaire ]

( OMC) Virez moi les barrières du commerce !! [ commerce équitable] [ Droits de l’Homme] [Sécurité alimentaire ] [santé] [éducation] [eau]

pays riches et les pays pauvres était indispensable au bon fonctionnement du libre-échange. Là il semble que la pression des plus forts ait fait reculer et refuser les plus faibles. Cela faisait longtemps que les Altermondialistes protestaient sur le sujet. En agriculture, il était connu que les pays producteurs les plus avancés avaient tué l’agriculture traditionnelle des plus pauvres. Il n’est que de voir les problèmes récents des éleveurs de volailles bretons qui ont protesté contre la suppression des subventions européennes à l’export, nous en avons parlé.

Oui, mais pourquoi alors cet accord Europe/Etats-Unis ??

Simple, les lobbys des grands pays n’ont pas renoncé à aller plus loin dans la libéralisation malgré cet échec et en lieu et place de faire des accords globaux, ils font des accords bipartites au gré des besoins des multinationales. Entre l’Europe et les Etats-Unis les droits de douanes ne sont pas le vrai problème (3%-4% mais en agriculture ça compte) ; où cela coince c’est sur les normes de production sanitaires, environnementales (hormones, OGM, …). Les multinationales veulent s’en débarrasser -une simplification nécessaire disent ils- pour faire encore plus de profits (sinon pourquoi ?).

Une autre critique émise entre autre sur ce sujet -les négociation bipartites et cette transatlantique en particulier – par les organisations altermondialistes est l’opacité des négociations qui sont non démocratiques, les représentants des peuples concernés n’y étant pratiquement pas représentés. La très bonne synthèse de l’article d’ ATTAC –Accord de libre-échange transatlantique : la Démocratie en danger !– explique clairement les enjeux de ces négociations qui passent presque inaperçues.

Alors que dire, que faire ?

Continuer à se tenir informé, continuer à suivre l’affaire, essayer de remuer les gens avant la finalisation, informer, -très important- réfléchir. Après tout, les élections européennes ne sont pas si lointaines et c’est peut être une question intelligente à poser  à ceux qui vont nous représenter au sein de l’Europe, surtout à ceux qui pensent que l’Europe est la cause de tous les maux ou que l’immigré est la raison des problèmes économiques et de la crise de la dette (!!!). Ils ne pèsent déjà que peu de chose au parlement au niveau des décisions, il ne manquerait plus que toutes ces décisions sur le sujet soient prises par les multinationales, comme les financiers le font sur la gestion des budgets nationaux.

Nous avons été longs n’est ce pas ? Hé oui, l’apéro a duré un peu plus longtemps que prévu sur ce coup là, mais on pense que ça en vaut la peine. On pense que ce n’est certainement pas la dernière fois que nous abordons le sujet. Mais Au Coin du Comptoir nous pensons qu’il est plus intéressant de réfléchir à ça, que de jaser sur la couleur des chaussettes de la première dame ou de la chance de sauver l’économie et la Démocratie du pays grâce à l’intervention divine d’un sauveur tombé du ciel sans idées. Dans le fond plus ça va plus c’est la même chose…

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 21/12/2013, dans économie, politique, Société, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :