Commentaires sur une Lettre ouverte d’économistes à l’Union Européenne… Episode 3


La troisième partie de cette lettre ouverte d’économistes qui critiquent en juin 2010  les orientations des mesures prises pour réduire les déficits des Etats. Les analyses de  ces économistes restent malheureusement toujours d’actualité.

Nous continuons notre traduction (*) de cette lettre d’économistes Italiens  de juin 2010 aux dirigeants européens. Pour ceux qui n’auraient pas pris connaissance de la première partie le lien est là pour cela.

(*) les corrections de lecteurs anglophones sont souhaitée et les bienvenue

Épisode 3

Pour les membres des gouvernements  et les Parlements
Pour les représentants au sein des institutions de l’Union européenne
Pour les représentants des partis politiques et les syndicats
Pour les représentants italiens au sein des institutions de l’Union européenne et le SEBC
Pour les Présidents de la République

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Nous pensons donc que l’approche adoptée jusqu’ici doit d’être abandonnée avant qu’il ne soit trop tard.

Il faut tenir compte du fait qu’ il est probable que pendant longtemps, il n’y aura pas une force qui pourra assurer une forte et stable reprise  pour les entreprises et pour le développement mondial. Pour éviter que la crise ne s’aggrave et pour éviter l’effondrement du projet d’une Europe unifiée, ce qui est  nécessaire, c’est une nouvelle vision et un changement dans les orientations générales de la politique économique. En d’autres termes, l’Europe doit prendre une voie indépendante pour développer ses forces de production, augmenter son bien-être, protéger l’environnement,  et garantir l’équité sociale.

Tout d’abord, pour arriver à maturité dans un débat d’une telle importance, une place doit être donnée au processus démocratique dans les différents pays concernés et dans les institutions politiques. En d’autres terme, on doit y consacrer du temps. C’est pourquoi en étape préliminaire, nous proposons la mise en place immédiate d’une taxe sur la spéculation. Des initiatives coordonnées au niveau national, mais également au niveau européen sont en cours, mais les mesures introduites semblent encore faibles et insuffisantes. Mettre un terme à la spéculation est sans aucun doute possible, mais les incertitudes et l’ambiguïté politique doivent levées. La BCE doit donc s’engager pleinement à l’achat des titres attaqués  et cesser de  » stériliser  » ses interventions. Des taxes adéquates doivent être imposées visant à décourager les transactions financières et de change à court terme, ainsi que des contrôles administratifs sur les mouvements de capitaux. Si les conditions pour prendre des mesures concertées sont introuvables, il serait de loin préférable d’ intervenir au niveau national, avec les méthodes disponibles, plutôt que de retarder les actions ou de ne rien faire du tout. Ce n’est qu’à travers de telles initiatives que les décisions peuvent être prises à temps par les institutions démocratiques, sans lesquelles celles-ci seront soumises à la menace constante des attaques spéculatives .

Depuis cette époque,  en 2010, de timides mesures ont été mises en place en Europe mais elles sont loin d’aller dans le bon sens ou d’avoir eu des effets positifs.

L’expérience du passé nous enseigne que pour lutter efficacement contre la déflation, un plancher salarial doit être imposé, par le salaire minimum, des contraintes sur les licenciements  et de nouvelles règles générales de protection de l’emploi et de processus de syndicalisation. Au stade actuel, l’idée de confier le processus de destruction et de création d’emplois aux seules forces du marché est analytiquement insensée, aussi bien que politiquement irresponsable.

Les grandes entreprises font de plus en plus appel à des cabinets de consultants en management. Il semble que ceux ci n’aient qu’une seule réponse pour la résolution des difficultés ou pour augmenter la fameuse compétitivité, le licenciement !  Le salarié est devenu la principale variable d’ajustement dans cette économie de l’offre. Les autres facteurs, la compétitivité hors coût par exemple, ne semblent plus faire partie de la panoplie de ces experts en général très couteux.

En coordination avec la politique monétaire, nous devons encourager les pays qui ont un excédent de la balance des paiements, en particulier l’Allemagne, à prendre des mesures appropriées pour accroître la demande de manière à déclencher un processus de rééquilibrage vertueux de la balance des paiements monétaire des États membres de l’Union. Les pays «excédentaires» de premier plan ont une grande responsabilité sur ce point. Le sauvetage ou la destruction de l’Union dépendra largement de leurs décisions.

Nous avons besoin d’ un système de taxation progressive coordonnée au niveau européen, ce qui peut aider à inverser la tendance à la disparité des revenus qui ont contribué à l’éclatement de la crise. Nous avons besoin de déplacer les charges fiscales du travail vers les profits du capital et des rentes, les impôts des contribuables vers les fraudeurs fiscaux, les ressources des régions pauvres de l’Union aux pays riches.

Il devrait y avoir une augmentation significative du budget de l’Union et la possibilité d’émettre des obligations européennes. Il devrait y avoir une tentative de coordonner la politique budgétaire et la politique monétaire européenne dans le but d’élaborer un plan de développement visant à atteindre le plein emploi et le rééquilibrage régional non seulement du pouvoir d’achat, mais aussi des capacités de production en Europe. Le plan doit suivre une logique différente de celle,  souvent inefficace, qui régissait  l’aide des fonds européens de développement. Elle doit être fondée tout d’abord sur une production publique de biens collectifs allant du financement d’installations de recherche de l’État pour lutter contre le monopole de la propriété intellectuelle, à la protection de l’environnement, de l’aménagement du territoir, à la mobilité durable, aux soins des individus. Ces  valeurs ne sont pas comprises par la logique limitée du capitaliste privé qui génère inévitablement des défaillances du marché, mais elles sont indispensables pour renforcer les forces de production, garantir l’équité et le progrès social et public.

Il faut réglementer et restreindre l’accès des petits épargnants et des fonds de pension sur le marché financier. Nous devons rétablir le principe de la séparation entre les banques proposant des crédits à court terme ordinaire, et les sociétés de financement qui fonctionnent sur ​​le moyen et long terme.

Pour contrer les stratégies de dumping et « d’exportation de la récession » par les pays non membres de l’U.E., nous devrions envisager un système d’ouverture conditionnelle des marchés, des capitaux et des marchandises. Cette ouverture ne peut être complète que si les politiques salariales et de développement coordonnés sont mises en place.

≈≈≈

Nous sommes bien conscients de la distance existant entre nos recommandations et le déclin actuel épouvantable de l’état de la politique économique européenn .

Nous croyons cependant que la direction de la politique économique actuelle  peut se révéler bientôt intenable. Si les conditions n’existent pas pour la réalisation d’un plan de développement sur ​​la base des objectifs définis, il y aura un risque extrêmement élevé de déflation soutenue par l’endettement et la désintégration conséquente de la zone euro. C’est parce que certains pays pourraient être aspirés dans une spirale infernale, causée par des politiques nationales à courte vue, « l’ austérité  » et la pression de la spéculation qui en résulte. À un certain point ces pays pourraient être contraints de quitter l’union monétaire ou pourraient choisir délibérément de l’abandonner pour essayer de créer leurs propres politiques économiques pour la défense des marchés internes, les revenus et l’emploi. Si les choses se passent effectivement dans ce sens, il est évident qu’ils ne seraient pas nécessairement considérés comme les principaux responsables de la crise de l’Union européenne .

Ces éléments nous font penser que les conditions n’existent plus pour redonner de la vitalité à l’esprit européen en faisant appel seulement à nos idéaux partagés. La vérité est que ce qui est en cours, c’est l’attaque la plus violente et déterminée de l’Europe en tant qu’acteur politique sur les derniers bastions de la sécurité sociale en Europe. Plus que jamais, pour survivre et être revitalisé, l’européisme doit désormais incarner un sens et de réelles opportunités pour un développement économique, social et civil coordonné.

Il est essentiel de commencer une discussion large et ouverte sur les raisons et les responsabilités des graves erreurs commises dans la politique économique, des risques d’une aggravation de la crise que cela comporte  et de la désintégration de la zone euro, de la nécessité urgente pour d’un changement dans la direction de la politique économique européenne.

Si l’espoir de changement dans la politique économique européenne ne devait pas se matérialiser, le chômage va augmenter et la crise de la zone euro va s’aggraver. Dans ce cas, les autorités nationales pourraient être forcées de prendre des décisions autonomes de politique économique afin de soutenir les marchés intérieurs, les revenus et l’emploi.

Vous trouverez à la fin de la lettre originale les signatures des 300 économistes italiens.

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 16/10/2013, dans économie, politique, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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