Avis sur la syndicalisation par un économiste connu…


          Oui, nous savons que le Coin du Comptoir est tenu, pour certains, heureusement pas pour tous, par une clique de gauchistes avinés et sectaires. C’est marrant parce que c’est exactement la ritournelle que l’on entend  chantonner en ce moment dans les médias, par le patronat et par la Droite en général au sujet des syndicats.

      Malheureusement, la plupart des piliers du Comptoir n’ont jamais été syndiqués. Ce n’est certainement pas par méfiance envers le mouvement syndical mais, pour la plupart, ils travaillent dans de trop petites entreprises qui,  faute d’un délégué, n’ont que l’affichage des horaires de travail, de l’adresse de l’inspection du travail et de la médecine du travail comme note syndicale.

            Comme le fonctionnaire fainéant, l’instituteur toujours en vacances, les légendes urbaines (on se demande qui en est à l’origine ?) nous racontent que le syndicaliste ne pense qu’à la grève, aux merguez et à la bière. Ce parasite (toujours dans la légende urbaine) est la cause de tous les malheurs de nos entreprises dont la compétitivité, la productivité, etc. pâtissent de ce protégé du code du travail.

syndicats

Comme nous avons de bonnes lectures nous avons été chercher l’avis d’un économiste connu dont nous ne vous donnerons le nom qu’à la fin de sa citation. Un indice : il est américain, histoire que de petits futés ne passent pas leur week-end à chercher ce passage dans Le Capital de Marx, mais ce qui y est dit est tout à fait transposable en France.

…/ Jusqu’ici, nous avons discuté du rôle que jouent les forces du marché, la politique et la recherche de rente dans la création de notre forte inégalité sociale. Des changements généraux de la société, qui modifient des normes et des institutions, y prennent également une part importante. Eux aussi sont modelés par la politique et contribuent à la modeler.

Le changement social le plus évident est le déclin de la syndicalisation, passée de 20,1 % des salariés américains en 1980 à 11,9 % en 2010 [ ce taux en France est passé de 16 % en 1980 à 7,8 % en 2010 – ] . Il a créé un déséquilibre des forces économiques et un vide politique. Sans la protection qu’offre un syndicat, la baisse des revenus des travailleurs a été encore plus prononcée. Les forces du marché ont aussi limité l’efficacité des syndicats restants. La menace des pertes d’emplois par délocalisation à l’étranger a réduit leur pouvoir. Mieux vaut un mauvais emploi sans salaire décent que pas d’emploi du tout. Mais, de même que l’adoption du Wagner Act [1] sous la présidence de Franklin Delano Roosevelt avait encouragé la syndicalisation, les républicains, dans les États comme au niveau fédéral, ont aussi œuvré pour l’affaiblir, au nom de la flexibilité de la main-d’œuvre. La décision du président Reagan de briser la grève des contrôleurs du trafic aérien en 1981 a marqué un tournant crucial vers la destruction de la puissance des syndicats.

À en croire une idée reçue en économie depuis trente ans, les marchés du travail flexibles contribuent au dynamisme économique. Je vais soutenir, au contraire, qu’une protection forte des salariés corrige le déséquilibre des forces économiques qui existerait sans elle. Grâce à cette protection, on aura une population active de meilleure qualité, avec des salariés plus attachés à leurs entreprises et plus disposés à investir dans leur formation et dans leur emploi. Elle œuvre aussi pour une société plus unie et de meilleurs lieux de travail.

Le comportement lamentable du marché de l’emploi américain pendant la Grande Récession et le niveau calamiteux des salaires américains depuis trente ans devraient jeter un doute sérieux sur les vertus mythiques du marché du travail flexible. Mais aux États-Unis les syndicats sont perçus comme une source de rigidité, donc d’inefficacité. C’est ce qui a miné leur base d’appui à l’intérieur comme à l’extérieur des milieux politiques.

L’inégalité est peut-être à la fois une cause et une conséquence de la dégradation de la cohésion sociale dans les quatre dernières décennies. La structure et l’ampleur des changements de la rémunération du travail en pourcentage du revenu national sont peu conciliables avec toute théorie qui s’appuierait uniquement sur des facteurs économiques traditionnels. Dans l’industrie, par exemple, pendant plus de trois décennies, de 1949 à 1980, la productivité et la rémunération horaire réelle ont évolué parallèlement. Soudain, en 1980, elles ont divergé : la rémunération horaire réelle est restée stagnante pendant près de quinze ans ; puis elle s’est remise à augmenter, là encore presque au même rythme que la productivité, jusqu’aux débuts des années 2000 ; après quoi elle est redevenue fondamentalement stagnante. L’une des interprétations de ces données est qu’en fait, pendant les périodes où l’augmentation des salaires a été tellement plus lente que celle de la productivité, les PDG ont accaparé une plus grosse part des « rentes » des entreprises.

L’envergure de ce phénomène est déterminée par les lois économiques et par les forces sociales (la capacité et la volonté des PDG de s’assurer un plus gros pourcentage des revenus des entreprises), mais aussi par la politique et la façon dont elle configure le cadre juridique.


[1] Loi de 1935 qui autorise la constitution de syndicats dans les entre­prises, reconnaît le droit de négociation collective, le droit de grève, etc.

Alors vous avez trouvé ? Si vous avez pensé à un économiste gauchiste vous avez tout faux. Il s’agit de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et pas vraiment connu comme un anti libéral acharné, extrait de son dernier livre  » Le prix de l’inégalité ».

inegalites-1

          Vous allez nous dire (enfin les plus néolibéraux des clients du troquet) que les syndicats c’est magouilles et compagnie, emplois fictifs et détournements, etc. Et bien oui si c’est ce que vous pensez ! Alors puisque TOUS les syndicalistes sont des mafieux, supprimons les syndicats, puisque TOUS les hommes politiques c’est pareil, supprimons nos Parlements, puisque TOUS les magistrats sont des gauchistes partisans, supprimons la Justice, puisque TOUS les journalistes sont des menteurs, alors supprimons tous les médias, puisque TOUS les basanés sont dangereux, supprimons les basanés, puisque tous les Roms sont des délinquants, supprimons  les Roms…

Ne trouvez vous pas, amis ultra libéraux, que ce sont les paroles d’une vieille chanson déjà entendue ?

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 13/10/2013, dans économie, politique, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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