Commentaires sur une Lettre ouverte d’économistes à l’Union Européenne… Episode 1


Une politique de rigueur aggrave la crise et la spéculation Jette de l’huile sur le feu. Cette politique peut amener à la désintégration de la zone euro. l’orientation des politiques économiques doit être modifiée pour une autre répartition des revenus et de l’emploi.

Les clients non habitués de notre Coin de Comptoir vont être un peu surpris. Les piliers du zinc connaissent déjà la propension des amateurs d’apéros du bistrot à refaire le Monde et en particulier le monde économique. Le sujet qui suit a fait l’objet d’un certain nombre d’apéros-economicus.  Il s’agit d’une lettre ouverte écrite en juin 2010,* adressée au gouvernement italien, aux responsables européens, signée par 300 économistes italiens.

* [ nous en avions fait référence dans un autre billet sur les dangers de l’austérité . ]

2010, c’est la mise en lumière de la crise de la dette grecque dans le sillage de la crise financière mondiale qui a débuté en 2007. Trois ans après, cette lettre de conseils judicieux aux dirigeants reste exemplaire. Aussi nous avons décidé de la commenter morceau par morceau car il nous semble qu’elle concentre tout ce qui n’a pas été fait depuis lors.

Manifeste d'économistes atterrés037

Voici le premier épisode* :

* [ le texte qui suit est une traduction du Coin du Comptoir. Si quelques lecteurs y trouvaient des erreurs ou des contre sens, ce serait sympa de nous en faire part ]
Pour les membres des gouvernements  et les Parlements
Pour les représentants au sein des institutions de l’Union européenne
Pour les représentants des partis politiques et les syndicats
Pour les représentants italiens au sein des institutions de l’Union européenne et le SEBC
Pour les Présidents de la République
La crise économique mondiale extrêmement grave, et la crise liée à la zone euro, ne seront pas résolues ni par des coupes dans les salaires, les pensions, les services sociaux, l’éducation, la recherche, la culture et les services publics essentiels, ni directement ou indirectement, par l’augmentation des taxes sur l’emploi et sur les classes sociales les plus faibles.
En fait, il y a un grave danger à l’introduction en Italie et en Europe de mesures dites «d’ austérité». Ces mesures vont encore accentuer les effets de la crise, accroissant l’insolvabilité, la faillite et le chômage, et,  selon toute vraisemblance, forçant certains États membres à un moment donné a sortir de l’union monétaire européenne.
Le point fondamental qui doit être compris, c’est que l’instabilité actuelle de l’Union monétaire n’est pas simplement le résultat d’une gestion qui dérape ou un excès de dépenses budgétaires. Il est en fait le résultat d’une bien plus profonde imbrication entre la crise financière mondiale et une série de déséquilibres dans la zone euro, découlant principalement de la nature du libéralisme économique non durable, du traité de l’Union et de la politique économique restrictive imposée par les États membres qui affichent systématiquement un excédent de leur balance des paiements.

≈≈≈

Énonce en 2010 dans cette introduction, le recours à la politique de l’austérité est déjà condamné comme inefficace. Les résultats, trois ans plus tard montrent que ces économistes ne s’étaient pas trompé. Les mesures prises depuis cette époque ont montré leurs effets désastreux dans les pays les plus touchés.

≈≈≈

austérité_2

La crise mondiale qui a éclaté en 2007-2008 est toujours en cours [en 2010 ]. Étant donné qu’aucune mesure n’a été prise sur ses causes structurelles, nous n’avons jamais réellement pu en sortir. Comme cela a été reconnu dans de nombreux milieux, l’une des principales explications de cette crise est  l’écart entre une plus grande augmentation de la productivité du travail et la stagnation, voire le déclin de la consommation des salariés. Depuis de nombreuses années, cette lacune a été compensée par l’augmentation exceptionnelle de la spéculation financière et de la dette privée, qui, à partir des États-Unis, a agi comme un stimulant sur la demande mondiale.
Aujourd’hui, il y a des gens qui comptent sur un retour à la croissance mondiale fondée sur un nouveau boom financier aux États-Unis. En se déchargeant d’une énorme quantité de dettes privées non récupérables au bilan de l’État, on espère donner un nouvel élan à la finance et à ses mécanismes liés à l’accumulation. Nous croyons qu’une reprise mondiale crédible  sur cette base, est hautement improbable. En tout cas, elle serait précaire et de courte durée. Dans le même temps, nous estimons qu’il est illusoire d’espérer que, sans une réforme profonde du système monétaire international, la Chine serait prête à renoncer à ses bénéfices commerciaux et à agir comme  moteur de la demande mondiale.
En bref, nous sommes confrontés à la situation dramatique d’un système économique mondial dont la  source primaire qu’est la demande est, une « éponge » qui ne peut plus absorber la production.

dette grèce

Nous expliquions dans l’un de nos billet sur la crise que les causes étaient assez simples. Politique économique de l’offre, c’est à dire,  produire par tous les moyens un maximum de biens le moins cher possible, ce qui entraine augmentation de la productivité liée à une stagnation des salaires, délocalisation lorsque la variable d’ajustement que sont devenus les salariés est au taquet. Pour faire fonctionner la machine économique malgré cette stagnation des salaires, et comme le niveau de ceux des pays producteurs est trop faible pour qu’ils soient les acheteurs de la production, les financiers ont poussé à l’endettement, même des insolvables. Cette énorme masse de dettes à été titrisée, les financiers du monde entier ont acheté ces produits spéculatifs, cette bulle a éclaté et les États ont réglé les pertes…

La crise mondiale non résolue a été particulièrement ressentie dans l’Union monétaire européenne. La vulnérabilité évidente de la zone euro découle de profonds déséquilibres structurels internes, dont la cause principale réside dans la conception du libéralisme économique du traité de Maastricht, basée sur l’espoir que les différentes régions de l’Union peuvent être rééquilibrées uniquement grâce aux mécanismes du marché, et par une  politique économique déflationniste restrictive des pays ayant une balance  des paiements systématiquement excédentaire. Cette politique économique est particulièrement  suivie par le plus  important d’entre eux qu’est l’Allemagne, qui depuis longtemps a été orientée vers le maintien des bas salaires sans rapport à la productivité, la demande et aux importations, et à la pénétration des marchés étrangers afin d’augmenter la part du marché européen des entreprises allemandes. Avec de telles politiques les pays «excédentaires» ne contribuent pas au développement de la zone euro, mais paradoxalement, sont tirés en avant par les pays les plus faibles. Plus précisément, l’Allemagne accumule un surplus considérable de sa balance commercial , tandis que la Grèce, le Portugal, l’Espagne et même la France ont tendance à s’endetter. Même l’Italie, malgré la très faible croissance de son revenu national, trouve en achetant à l’Allemagne plus qu’elle ne vend, accumule ainsi un endettement croissant.

C’est le paradoxe du modèle allemand. Stagnation des revenus moyens, emplois de services assurés à bas coût, absence de salaire minimum, production haut de gamme tirée par une exportation dans les pays de l’Union dont la balance commerciale est déficitaire, ce qui accroit leur endettement. Le (trop) fort excédent allemand nuit à l’équilibre des comptes des autres pays européens.

La mobilité totale des capitaux dans la zone euro a grandement favorisé la création des déséquilibres crédit-débit entre les pays. Pendant longtemps, en s’appuyant sur l’idée de l’efficacité du marché, on croyait que la hausse des ratios d’endettement entre les États  membres devraient être considérés comme le signe d’une plus grande  intégration financière dans la zone euro. Mais aujourd’hui, il est tout à fait clair que l’efficacité supposée des marchés financiers ne trouve aucune confirmation dans la pratique et les déséquilibres accumulés s’avèrent insoutenable.
C’est pour ces raisons que les opérateurs sur les marchés financiers spéculent sur l’éclatement de la zone euro. Ils prévoient que, grâce à la poursuite de la crise, le chiffre d’affaires des États membres va diminuer et le bénéfice d’un grand nombre d’entreprises et des banques seront encore réduits. De cette façon, il sera plus difficile de garantir le remboursement des dettes, tant publiques que privées. Plusieurs pays pourraient donc être progressivement poussés hors de la zone euro, ou ils pourraient décider de la quitter pour échapper à la spirale déflationniste. Le risque d’insolvabilité généralisée des dettes reconverties en monnaie nationale est donc la vraie question qui motive les spéculateurs. Ainsi, les turbulences sur les marchés financiers reposent sur une série de contradictions réelles. Cependant, il est tout aussi vrai que les attentes des spéculateurs qui misent sur le manque de confiance ont tendance à se réaliser. En fait , les opérations baissières des marchés poussent à la différence entre les taux d’ intérêt et les taux de croissance, et cela peut signifier que les débiteurs qui étaient auparavant en mesure de rembourser leurs dettes font soudainement faillite. Les opérateurs financiers, qui agissent souvent dans des conditions irrationnelles, sur la base d’informations identiques, seraient donc en mesure non seulement de prévoir l’avenir, mais aussi d’orienter le marché, suivant un modèle qui n’a rien à voir avec ses soi-disant «fondamentaux» de la théorie économique orthodoxe et ses critères présumés d’efficacité décrits dans ses versions classiques.

La théorie du marché omniscient, qui régule tout sans jamais se tromper, suivant la théorie néolibérale, est prise en défaut depuis le début de la crise et même bien avant si l’on considère que la bulle Internet en 2000, la crise de l’immobilier dans la fin des années 90 et toutes les autres crises financières mondiales ne sont pas des « accidents » comme le disent les tenants de la dérégulation. Le profit des spéculateurs ne se fait pas dans le cadre d’une économie stable qui progresserait régulièrement et sans heurts.

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Nous verrons dans l’épisode suivant pourquoi il est si difficile de s’opposer à la spéculation, pourquoi les États ont perdu la main à force de dérégulations depuis les années Reagan.

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À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 09/10/2013, dans économie, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Dans votre article sur l’écotaxe et les bonnets rouges, vous avez volé une image de parchemin et de papier timbré. Le copyright est encore dessus.
    Merci de payer l’image ou de l’enlever immédiatement

    J'aime

    • Bonjour,

      Votre photo « volée » a été remplacée par celle illustrant l’article  » Révolte du papier timbré  » de Wikipédia. La nouvelle photo est publiée par son auteur, Pline, sous Common Licenses, c’est sympa non ?
      Vous avez d’ailleurs emprunté cette même illustration dans votre collection…

      Cordialement

      Pierre

      J'aime

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