La mondialisation, la crise expliquées aux gars du comptoir… (3)


L’Économie est elle une religion ?

Vous vous souvenez certainement que nous avions décortiqué la crise et la mondialisation en 2011. Monsieur Robert, ( monsieur Bob pour les piliers du comptoir en compagnie desquels il s’accoude après sa journée à l’inspection des impôts) nous avait décortiqué le système en deux épisodes(*) qui avaient permis de mieux comprendre comment cette chose avait bouleversé l’économie mondiale depuis 2007 et 2008. Nous étions en 2011, et, avec notre logique primaire nous nous étions dit que, si on connaissait aussi bien les causes, il serait assez facile de trouver les solutions et de tout remettre en état. Que nenni ! Nous sommes en 2013 et c’est toujours la Crise, il n’est que d’aller discuter avec les Grecs, les Espagnols ou les Portugais au chômage.

(*) [ La mondialisation, la crise expliquées aux gars du comptoir… (2) ] – [ la mondialisation, la crise, expliquées aux gars du coin du comptoir… (1) ]

Comme nous sommes à la rentrée, que c’est la période où les marronniers commencent à perdre leurs feuilles, que notre boite aux lettres recueille celles des impôts et qu’on ne parle que de hausse des taxes, hausse de TVA, charges insupportables, nous avons profité du retour quotidien de monsieur Bob à l’apéro pour le questionner sur ce que devenait  cette mondialisation et la Crise. Après avoir entamé son Picon Bière habituel, notre expert s’est lancé…

Vous vous souvenez que dans mes explications précédentes nous avions vu que la mondialisation fonctionnait sous la politique économique de l’offre. Quand elle a manqué de demandeurs, quand les acheteurs se sont mis à faire défaut, faute de moyens, du fait des revenus qui stagnaient depuis des années pour 90% des consommateurs, les financiers se sont mis a prêter à des insolvables pour qu’ils puissent encore alimenter la machine industrielle et ces mêmes financiers ont inventé des produits financiers très spéculatifs et tellement sophistiqués que personne n’y comprenait plus rien, pour noyer cette insolvabilité et ce risque dans l’économie mondiale.

Lorsque ce montage monstrueux s’est écroulé, les banques étaient trop grosses pour faire faillite, enfin elles s’étaient arrangées pour être trop grosses de façon a contourner la première loi du capitalisme qui veut que quand on perd trop d’argent on se retrouve en faillite.

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Sous la menace d’une apocalypse financière, les États ont rapidement renfloué les banques, sauvant les actionnaires et le Monde par la même occasion, du moins c’est ce que les financiers avaient prétendu. Ce sauvetage a mis ces mêmes États à mal et les banques et les investisseurs se sont mis à pointer du doigt la fameuse dette comme étant insupportable maintenant.

Conseillés par les mêmes fauteurs de trouble,  pour les politiques, la solution pour réduire cette dette est l’austérité et la rigueur. Supprimez ou privatisez (ceux qui peuvent être monnayés) les services publics, virez les fonctionnaires qui ne servent plus à rien, diminuez la protection sociale et les retraites, soldez une partie du patrimoine public au privé, et hop tout ira mieux très vite. Certains pays s’y sont mis à fond mais le résultat n’a pas été à la mesure des sacrifices. Et je ne parlerais pas de la justice de ces mesures, ceux qui ont fait exploser le système font payer leurs pertes par le commun des mortels.

paradis fiscaux

« Oui mais on est toujours en crise et pourtant on savait pourquoi  ça avait coincé… » –  relança son voisin proche pendant que monsieur Bob se prenait une gorgée de Picon –

Eh oui,  – repris monsieur Bob – et cela nous montre que les théories économiques dominantes, néolibérales ou marxistes, sont des religions . Pourquoi ? Comment ? C’est très simple, le dogmatisme.

Prenons la religion néolibérale, le capitalisme . Son crédo est la main invisible du marché qui règle tout, décide au mieux pour tout. Le marché est tout puissant et comme Dieu il gère sa création. Mais voilà, la foi dans ce Dieu Marché est aveugle comme les croyances dans tous les dogmes, vous croyez ou vous êtes un mécréant qu’il faut dénigrer et supprimer. Les crises, comme les guerres, les tremblements de terre, les tsunamis, les ouragans n’ouvrent pas les yeux du croyant.

Sous l'axe des dates, période de régulation forte et période de dérégulation

Sous l’axe des dates, période de régulation forte et période de dérégulation

Si nous regardons l’autre religion, le marxisme, le capitalisme d’état, c ‘est la même foi dans la main, visible cette fois ci, de l’économie d’état. Promesse de paradis futur pour les masses laborieuses qui sont ici exploitées pour la gloire de l’État tutélaire. Ici aussi, l’intégrisme est radical, tout emprunt au camp d’en face est sévèrement sanctionné au nom du dogme.

L’aveuglement des uns qui ne voient dans les crises que l’ajustement d’un marché  tout puissant et la croyance des autres en la fin du monde capitalisme qui ferait triompher leur dogme alors que leur société s’est effondrée dans la souffrance, est la marque des religions qui s’opposent. Les guerres de religions sont les pires car elles n’ont même pas l’excuse du réalisme politique.

Cette crise a été initiée par la religion néolibérale, par la cupidité, par la dé-régularisation de la finance, par une croyance stupide dans un dogme, mais crise finira par se résorber, comme un armistice, laissant des millions de pauvres, de chômeurs comme victimes expiatoires à la religion économique. Une crise résorbée au prix d’un accroissement continu des inégalités pour les 99 % et une montagne de profit pour les 1 %.

Comme cette économie est une religion, comme on ne peut pas toucher au dogme, voilà ce qui explique que, connaissant les causes, nos politiques, guidés par les « experts » qui sont le clergé de cette religion, ne font rien sauf qu’à sauver l’église en flammes de peur de la terrible punition que pourrait infliger au monde ce Dieu Marché  » vengeur et jaloux » comme dirait la Bible.

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Voilà pourquoi la crise continue. Voilà pourquoi la Grèce, l’Espagne et les autres subissent la rigueur et l’austérité. Voilà pourquoi les idées de Droite les plus extrêmes trouvent des oreilles attentives quand il faut trouver un bouc émissaire à sacrifier pour se donner bonne conscience.  – « On ne touche pas au dogme ! C’est un péché et vous irez en enfer si vous le faites… » En enfer ? Mais ils y sont déjà !!!

Nous avons eu notre rentrée économique et philosophique et si vous voulez avoir l’avis d’un philosophe bien plus loquace que monsieur Bob, allez donc faire un tour sur Youtube, dans cet extrait des conférences sur la contre histoire de la philosophie, Michel Onfray y parle ( mieux ) du même sujet : l’économie est elle une religion ?

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 20/09/2013, dans économie, politique, Société, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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