Autre preuve du déclin de la France, y a plus de saison…


Le début d’une conversation, qui commençait par une allusion au temps qu’il fait justement quand on cause, faisait soupirer la majorité des habitués du Coin du Comptoir navrés par le vide d’inspiration sidéral de la grenouille du jour. Mais la persévérance de l’hiver à nous ruiner en chauffage et  l’impossibilité du printemps à nous faire croire en l’existence du soleil ont réussi à ce que la discussion météo ne soit plus bannie des apéros. Oh cela ne vole pas bien haut mais cela débouche parfois sur des réflexions inattendues.

L’autre matin le météorologue de service qui nous a fait son rapport sur la pluie, ce que tout le monde pouvait voir à travers la vitrine et constater avec un début de moisi sous les bras, terminait la séquence par un  :

… Si on a un temps tout pourri, c’est comme pour tout le reste, l’industrie, la dette, le déficit, … , la France fout le camp, c’est le déclin…

Y a qu’à voir le Président, dès qu’il sort il pleut, c’est la Gauche qui nous file la poisse !

hollande_pluie

Ça donne à réfléchir !

Depuis toujours en France le sport national c’est de dénigrer le pays, rien ne fonctionne bien chez nous au point que pour les déclinistes d’extrême droite la France est devenue le pays du cochon qui serait notre seul emblème ! Il faudrait  sur ce radeau de la Méduse porter haut et fort le drapeau « pinard et saucisson » et des groins de porc pour survivre.

Comme l’exprime beaucoup mieux que nous sur le sujet, Jean François Kahn, pas un français ne trouve grâce aux yeux des autres français.

[…] Une  auto-exécration  qui depuis  longtemps nous  ronge  : l’ouvrier  » gréviculteur «     et alcoolique, le commerçant tricheur et poujadiste, le pay­san égoïste et réac, le fonctionnaire tire-au­ flanc, l’enseignant propagandiste et rétif à toutes les réformes, le patron voyou, l’entrepreneur forcément exploi­teur, le notaire véreux, l’épargnant cupide. Ramassis de bouf­fons, de magouilleurs et de braillards. […]

Une grande partie de nos politiques, de Droite comme de Gauche, et surtout ceux qui sont les tenants d’un nationalisme d’une autre époque, n’ont qu’une expression pour exprimer ce déclinisme : « Pauvre France » et « c’est mieux ailleurs ». Il aurait fallu imiter les États Unis, qui transformaient les crédits immobiliers en produit financiers, l’Espagne, avec son boom de l’immobilier qui est obligé de mettre 50% de ses jeunes au chômage, l’Irlande, ruinée d’avoir attiré les entreprises par un dumping fiscal qui prive également de recettes le reste de l’Union. Hier, suivant les sensibilités et les aveuglements idéologiques,  c’était la Russie de Staline, l’Italie de Mussolini, la Grèce des colonels, montrées comme modèles économiques, aujourd’hui c’est l’Allemagne comme si on était si nul, pour les déclinistes, qu’il faille obligatoirement copier sur les autres.

dessin-pire

On constate sans prendre de lunettes que les plans de sauvetage des Grecs, des Portugais, des Espagnols sont des catastrophes économiques, que leurs déficits s’aggravent, que des millions de personnes se retrouvent sans travail, que la pauvreté croit partout,  et que pendant cet effondrement, prisonniers de la pensée unique dictée par les néolibéraux,  la Droite UMP et la Gauche  Socialiste affirment sans rire que ce plan est la seule réponse envisageable.

smic13112012

On ne s’en sortira  pas si la phobie du collectif, honteusement identifié au col­lectivisme, laisse de plus en plus place au communautarisme, cette dégénérescence du communautaire pour laminer définitivement la Fraternité.

Comme le dit encore Jean François Kahn,  à qui l’on peut reprocher beaucoup de choses mais pas ce constat là :

On ne s’en sortira pas si l’épargnant n’a d’yeux que pour le cours de la Bourse et l’évo­lution de la rentabilité de l’assurance vie, le bailleur que pour les « spécial immobilier » des news  magazines, le spéculateur que pour les informations qui lui font miroiter  une occasion de plus-value,  si chacun, faisant fi de l’intérêt général, ramène tout, absolu­ment tout, à l’intérêt de sa tribu, de son clan, de sa caste, de sa corporation, de son corps, de sa catégorie : l’agriculteur à l’intangibilité de la PAC, le restaurateur au taux de TVA, le juif communautaire au rapport avec Israël, l’activiste gay à la légalisation de la PMA, le militant écolo à la question des OGM et des gaz de schiste ; mon ego, mon toit, mes placements, mon estomac au-dessus de tout ; d’abord mon fric, d’abord mon culte, d’abord mon cul. […]

[…] Si tous rabaissent le sens du collectif au seul niveau de leurs excitations, de leurs obsessions, de leurs polarisations  particulières. Si chacun  ne consacre son énergie qu’à  la protection de son  pré carré,  les cultureux aux subventions  dont ils béné­ficient ou espèrent  bénéficier, les artistes aux téléchargements gratuits, les communistes au sauvetage de leurs derniers fiefs, les immigrationnistes à la régularisation du plus de sans-papiers possible, les taxis et les pharmaciens à la défense de leur numerus clausus, les Français de souche arménienne à la criminalisation de la négation du génocide, les grands patrons au sauvetage de leurs revenus les plus inconvenants, les hauts fonctionnaires à leur préséance hiérarchique, les fous de foot aux résultats et commentaires de matchs, les journalistes à leurs titres, les intellos à leur nombril, les traders à la préservation de leurs bonus, les chasseurs aux dates d’ouverture de la tuerie, les dockers à la pérennité de leurs acquis catégoriels, les maîtres de l’audiovisuel à leur Médiamétrie et à leur Audimat, les rentiers viagers à l’inflation, les Français de religion musulmane à leurs exigences cultuelles et Ivan Rioufol à ses fantasmes islamophobes

C’est un autre morceau de notre trilogie nationale que l’on oublierait et que l’on perdrait : l’Égalité.

On ne s’en sortira pas si on se laisse submerger par une rhétorique de dévalori­sation du travail [ par le maintien d’un niveau de chômage nécessaire pour éviter la hausse des rémunérations et le compenser par les transferts sociaux pour maintenir la consommation(*) ]  réduit à un coût qu’il faut constamment baisser [pour satisfaire à une compétitivité dont le but n’est plus la saine concurrence mais la maximisation des marges et des profits pour répondre aux exigences des financiers(*)]  ou à une rigidité qu’il faut sans cesse assouplir.

(*) notes du Coin du Comptoir

Ceci nous faisant perdre la plus précieuse notion de la devise gravée sur tous nos monuments publics : la Liberté

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 29/05/2013, dans politique, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

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