Changer de politique économique… D’où venons-nous ?


Résumé des épisodes précédents …

Au Coin du Comptoir, tout avait commencé  avec la question d’un aficionados du blanc sec  « Pourquoi hier les trente glorieuses et pourquoi aujourd’hui les trente merdiques ?  »

Pendant l’age d’or il y avait la croissance. Le but de l’économie était d’améliorer le niveau de vie de la société et comme le disait, beaucoup mieux que les piliers de zinc, Marc Chevalier dans un éditorial:

 Un cercle vertueux unit alors la production industrielle à la consommation de masse, l’augmentation des profits des entreprises à l’amélioration continue de la condition des salariés. Et le développement de l’Etat providence vint couronner cet age d’or (…)

Après les chocs pétroliers, la mondialisation et l’emprise de plus en plus grande de la finance sur l’économie, les théories économiques libérales ont été plébiscitées  par les politiques Reagan / Thatcher dans les années 90 après un long travail de déréglementation de la finance commencée les décennies précédentes.

Dans l’économie réelle, la mondialisation du libre échange crée un dumping fiscal, salarial, social qui déplace la production vers les pays les moins disant avec un déséquilibre des échanges, alors que dans cette même théorie libre échangiste, le marché est censé réguler cet équilibre. L’entreprise patrimoniale basée sur la durée échappe à ses créateurs pour tomber dans l’escarcelle des fonds de pension dont le seul but est une rentabilité élevée à court terme.

subprime

La déréglementation financière, les avancées informatiques, l’accélération de la communication dans les années 2000 fait qu’en 2007  près de 70% des transactions  deviennent virtuelles. Des produits financiers obscurs sont mis sur le marché, qui n’ont plus aucun lien avec l’économie réelle et dont le but n’est plus que de faire de l’argent avec l’argent, sans les inconvénients de la production.

2007 – La cocotte minute explose aux États Unis.

  • le transfert des actifs des banques au marché (titrisation),
  • la création d’actifs complexes et opaques,
  • l’incapacité des agences de notation à évaluer les risques des actifs,
  • l’application de normes comptables dite de « fair value »,
  • enfin, selon certains, les défaillances des régulateurs et des superviseurs à corriger les failles dans un contexte où la finance est largement « déréglementée » et mondialisée.

La bulle financière privée, gonflée à coups de crédits immobiliers hypothécaires fabriqués pour pallier la stagnation des revenus des américains depuis 10 ans, éclate. S’en suit une crise des liquidités et de solvabilité des banques US. Les mécanismes de titrisation des crédits « subprimes » et leur mise sur le marché entrainent une crise financière mondiale bancaire. Beaucoup de grandes banques internationales  doivent faire faillite mais dans un premier temps une seule est impactée, Lehman Brother.

CoursePerdueDavance

Comme, dans le cadre de la déréglementation, on avait permis aux banques de lier leurs activités financières et leurs activités de dépôt, que les activités  de spéculation purement financières, plus rentables, ont pris le pas sur les activités traditionnelles, elles étaient devenues « too big to fail », trop grosses pour faire faillite sans mettre en péril toute l’économie réelle mondiale.

Les Etats, qui comme les clients du bistrot, ne sont concernés que par l’économie de production, ont été obligés, pour ne pas voir l’économie réelle exploser en même temps que la bulle financière, de sauver les banques et leurs actionnaires qui ne s’intéressaient depuis des années pourtant qu’aux hedge founds, au speed trading et aux produits dérivés. Les états tant décriés par les économistes experts viennent maintenant au secours de nos joyeux spéculateurs tout penauds qui brandissent l’épouvantail d’une crise systémique…

Les états recapitalisent les banques, garantissent les emprunts, retapent les façades, récupèrent les actifs tout pourris contre de la belle et bonne monnaie et ce, dans des proportions jamais vues, comme en témoignent les chiffres cités par Wikipédia :

Selon le FMI, la dette publique des dix pays les plus riches de la planète devrait passer de 78 % en 2007 à 114 % en 2014. Les États-Unis devraient émettre pour 1 300 milliards de dollars de bons du trésor (qui servent à financer la dette publique) les pays européens quant à eux devraient en émettre pour une somme équivalente à 900 milliards de dollars.

Lors du G20 de Londres en avril 2009, les pays ont opté pour une relance globale de 5 000 milliards de dollars pour 2009 et 2010 qui devrait entraîner un dérapage budgétaire au niveau mondial de 2 500 milliards en 2009 et 2010.

Par ailleurs à l’occasion de la crise financière de 2007-2010, l’Europe et les États-Unis ont accordé 14 000 milliards de dollars de garanties aux banques. Kenneth Rogoff, un professeur d’économie d’Harvard, a étudié avec Carmen Reinhart les crises financières. Ils en ont tiré un livre intitulé This Time is Different d’où il transparaîtrait qu’une crise bancaire est souvent suivie quelque temps plus tard d’une crise de la dette publique.

Et voilà, nous y sommes, la crise de la dette privée, celle des financiers, est devenue la crise de la dette publique. Les agences de notation si efficaces dans l’évaluation des produits financiers (!!!) ont changé de clients, il notent les états et spéculent sur les défaillances des plus faibles. Le tour de passe- passe est joué.  Le sauvetage des banques a déstabilisé les comptes des états, la dette est est devenue une obsession et le citoyen doit régler la note.

angelus

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, considère que « les financiers ont failli par incompétence et cupidité » et sont la cause principale de la crise. Le système de rémunération par bonus des acteurs des marchés financiers favorisait trop la prise de risque et la dérégulation croissante des marchés empêchait tout rattrapage. Par ailleurs, ils rejettent la faute sur les États et demandent une réduction des déficits publics qui sont, en partie, le résultat des plans de sauvetage des banques. Les réglementations ayant peu changé, ils continuent de spéculer et ont servi de déclencheur à la crise grecque de 2010.

La solution ? La rigueur, l’austérité.

Mais il nous semble que nous avons fait un joli tour de zinc pour remettre en place le cheminement de cette crise avant de nous attaquer au sujet de la politique économique possible pour nous sortir de ce bourbier : Austérité et compétitivité ou relance en passant par dessus cette dette publique…

fmi-necessite-plan-austerite-crise-economique

De toute façon comme dit Martin Walker, la classe moyenne est la grande perdante de la crise. En fait le problème est complexe et on peut aussi se demander si le déclin des classes moyennes n’est pas une cause de la crise. En effet, les subprimes ont été inventées pour donner à la classe moyenne un pouvoir d’achat qu’elle ne pouvait retirer de son travail. Quoi qu’il en soit, le problème de la montée des inégalités se pose.

La boucle est bouclée, on remet une tournée et on se retrouve pour discuter de la guerre France-Allemagne, l’autre façon simpliste inventée par les communicants pour parler de cette crise à laquelle, bien sûr, nous sommes censés ne rien comprendre Au Coin du Comptoir…

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 30/04/2013, dans économie, politique, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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