La magistrale leçon d’économie du professeur Michel Rocard sur la situation de la France…


Une fois n’est pas coutume nous allons reprendre un article paru dans La Tribune le 12 janvier 2013 sans faire de commentaire. Il faut dire que quand c’est Mimi qui parle, il faut de temps en temps mettre sur pause et réfléchir. De plus, les piliers d’Au Coin du Comptoir ont remarqué que, quand on met des liens qui ont à voir avec la discussion en cours, les clients de passage ont tendance à lire l’intitulé mais évitent d’aller faire un tour sur le complément qui éclaire bien souvent la discussion.

Cette fois donc, on se tait, on lit et on réfléchit…

L’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard s’est livré à une petite leçon d’économie aux accents très keynésiens devant un parterre de 500 professionnels de l’immobilier très attentifs à son allocution. Il n’a en outre pas manqué de souligner les carences de la classe politique actuelle.

« Faire de 2013 une année de croissance », Michel Rocard n’y croit pas. L’ancien premier ministre a cependant accepté l’invitation de la plateforme immobilière Cerenicimo, qui organisait jeudi 10 janvier un congrès sur ce thème. Devant un parterre de 500 professionnels de l’immobilier, Michel Rocard a douché les ardeurs des plus optimistes. « Je ne crois pas à la moindre croissance en 2013 », a-t-il sobrement expliqué en introduction, après avoir quelque peu raillé le thème de la conférence.

Convié à donner une analyse macroéconomique et présenter les enjeux de la réforme des retraites, M. Rocard a préféré aborder longuement le premier sujet, ne s’estimant plus assez compétent pour disserter longuement sur le second. Il a ainsi livré une analyse de l’économie sombre aux accents keynésiens très marqués. Ce, devant une salle à l’air désabusé, mais religieusement à l’écoute.

Une génération face à des défis complexes

Celui qui accompagne les évolutions de l’économie depuis plus de 60 ans a d’abord dressé un tableau édifiant de la période actuelle : « Je ne crois pas que, depuis que nous connaissons l’histoire, une génération n’ait eu à résoudre autant de défis et de complications », estime l’ancien Premier ministre. Il rappelle que lors de la période, pas si éloignée, des Trente Glorieuses (1945-1973), le plein emploi était de mise en France (seul un chômage frictionnel de 2% subsistait) et la croissance moyenne s’élevait à 5% dans les économies occidentales. Désormais, « la somme chômage plus précarité plus pauvreté atteint 30% de la population des pays développés », entraînant avec elle « la désaffection démocratique, la diminution du taux électoral et la montée en puissance des partis protestataires ». La salle est attentive, sans réaction.

Un fossé béant s’est désormais créé entre riches et pauvres, risquant d’engendrer bien d’autres complications, notamment en France. « Une société qui ne s’intéresse qu’à l’argent ne peut pas fonctionner correctement », martèle Michel Rocard à des conseillers en gestion de patrimoine qui se demandent où ils sont.

Keynes et l’art de vivre ensemble

L’ancien Premier ministre désapprouve l’état actuel de la société qui « désapprend l’art de vivre ensemble ». Une référence au fameux économiste britannique John Maynard Keynes – cité régulièrement par Michel Rocard – qui prédisait en 1930 dans sesPerspectives économiques pour nos petits enfants : « Ce seront les peuples capables de préserver l’art de vivre et de le cultiver de manière plus intense, capables aussi de ne pas se vendre pour assurer leur subsistance, qui seront en mesure de jouir de l’abondance le jour où elle sera là. » Ce « giron de l’abondance économique », Keynes le voyait advenir en 2030 favorisé par des « hommes d’argents énergiques et résolus ».

L’économiste britannique planifiait que 100 ans après l’écriture de son livre, sans accroissement important de la population et sans grande guerre, le problème économique serait résolu. L’homme n’aurait alors plus à se battre pour sa subsistance et ferait « en sorte que le travail qui restera encore à faire, soit partagé entre le plus grand nombre possible. Des postes de trois heures par jour ou de 15 heures par semaine reporteront le problème pour un bon moment », écrivait Keynes, cité par Michel Rocard sous les ors du salon Hoche.

Keynes apportait toutefois un bémol important à son raisonnement. Selon lui, le danger résidait dans l’incapacité de l’homme à s’adapter à ce monde d’abondance, oubliant la répartition adéquate des ressources et des forces de productivité. Il craignait que « l’amour de l’argent comme objet de possession » ne vienne enrayer ses prédictions et ne provoque une « dépression généralisée » où le chacun pour soi l’emporte sur le souci du bien commun. « Il m’apparaît chaque jour plus clairement que le problème moral de notre temps est celui que pose l’amour de l’argent : les neuf dixièmes de nos activités sont orientées par l’appât du gain (…) ; l’argent est socialement reconnu comme la mesure de la réussite », écrivait-il.

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Le désordre financier international

Michel Rocard considère que Keynes n’était pas loin de la vérité. Surtout à partir du début des années 1970, qui a marqué le passage d’un système de changes fixe instauré avec les accords de Bretton Woods en 1944, et dont Keynes était l’un des principaux protagonistes, à un système de changes flottant. « Août 1971 est la date qui fait entrer notre monde dans le désordre financier international », tranche Michel Rocard devant son auditoire.
Selon lui, la mise en place d’un tel système de changes a engendré le développement de l’ingénierie financière ; en premier lieu par la création de produits dérivés censés assurer les évolutions malvenues de prix sur les marchés financiers. S’en est suivie une multitude d’innovations qui ont dicté l’évolution de la finance jusqu’au désastre que l’on a connu en 2008.

D’où l’appel pressant de Michel Rocard adressé aux professionnels de l’épargne présents dans la salle à « protéger les épargnants ». Lui qui, au regard de l’histoire économique, plaide pour une réelle séparation entre banque de dépôts et banque d’investissement pour ne pas trop abreuver en capitaux des établissements ayant déjà fait preuve d’une ingéniosité sans limite. En outre, il n’oublie pas d’alerter sur les « 750 trillions de dollars de liquidités spéculatives encore présents sur le marché qui sont sans contrepartie valide ».

Difficile d’en sortir

En somme, l’ancien Premier ministre craint qu’il soit difficile de sortir de cette spirale négative. D’autant qu’il juge le niveau de connaissance de la société sur sa situation trop faible. « On ne saurait s’en sortir sans comprendre ce qu’il se passe », estime-t-il. A cet égard, il fustige un monde politique et médiatique dominé par l’audiovisuel, à la recherche du propos choc et du sensationnalisme, avec pour seul horizon d’occuper immédiatement tout l’espace. Michel Rocard déplore ainsi la mort lente de la presse écrite, « la disparition » des visions de long terme et  « le refus du complexe » de notre société qui conduit à « l’ignorance générale sur l’économie en France, et parfois même des personnels de direction des entreprises ». « La quasi-inexistence d’enseignement de l’économie dans notre système scolaire n’y aide guère », se lamente-t-il.

Il illustre ce point par un exemple concret sur l’utilisation du mot crise : provenant du vocabulaire médical, la crise définit le moment fort de la maladie et suppose « que l’on va retrouver la santé que l’on a perdue », explique Michel Rocard. Or dans l’économie réelle, le diagnostic de la maladie n’a pas encore été trouvé, impossible donc de guérir. Il faut du coup s’atteler à « inventer de nouvelles formes de réponses à des défis tout à fait nouveaux », pense le socialiste. L’emploi au singulier du mot crise chagrine également l’ancien premier ministre qui voit plusieurs crises s’abattre sur la société, que ce soit la crise de l’emploi, de la finance, de l’écologie…

Comme Keynes l’a fait avant lui, Michel Rocard estime que la priorité absolue doit être donnée à la baisse du chômage. Ne serait-ce que pour la bonne santé des finances publiques, puisqu’un travailleur ne reçoit pas d’allocations publiques et paie des impôts. « Sauver les retraites exige une baisse du chômage », indique-t-il d’ailleurs à son auditoire qui se sent alors concerné. Mais il n’oublie pas la finance et prône un exercice collectif de réflexion sur le long terme, incluant les politiques, les journalistes, les patrons et les syndicats. Ce, par la nécessité de redécouvrir ensemble « les équilibres financiers à partir de l’épargne privée non avalée par les marchés spéculatifs ».

La loi TEPA est une « insulte » à l’égard d’une partie des Français

Le parterre de professionnels de l’immobilier resté plutôt de marbre devant le raisonnement macro-économique développé par l’ancien Premier ministre s’est ensuite détendu lorsque Michel Rocard a taquiné ses camarades du parti socialiste, au moment de commenter les récentes réformes fiscales du gouvernement. Selon lui, depuis un certain temps, les batailles en interne au parti et la machine médiatique « qui ne demande plus que l’on pense mais que l’on s’engueule » ont « découragé la fonction de penser à l’intérieur du parti ». Ce qui a déclenché un éclat de rire général dans l’auditoire, rapidement tempéré lorsque l’ancien ministre rétorque : « En face ce n’est pas mieux ».

La salle restera d’autant plus silencieuse lorsque, s’excusant presque de tenir ses propos, Michel Rocard qualifia la loi TEPA du gouvernement Sarkozy « d’insulte à cette partie des Français qui gagnent mal leur vie », arguant que « donner la priorité aux plus riches est inacceptable ». Cependant, il regrette que la confrontation électorale de 2012 se soit du coup déroulée sur le thème de la vengeance fiscale.

Michel Rocard a tout de même salué le pacte de compétitivité de 20 milliards d’euros du gouvernement Ayrault qu’il juge être un bon début ; et surtout révélateur du constat de la part de la classe politique que certains rouages de l’économie française ne fonctionnent pas. Comme en témoignent la part croissante de faillites de ses PME, la baisse de la productivité horaire du travail, le mauvais état du commerce extérieur ou la perte de pouvoir vis-à-vis de l’Asie.

Nous on aime. Bien sûr c’est Social Démocrate (social traitre ?!! ) mais c’est quand même loin de la pensée Sociale Libérale (sociale néolibérale ?!), enfin, au moins, ça donne à penser à autre chose qu’aux profondes réflexions sur les  cravates en biais, objet des think tank  d’une partie de l’opposition…

Article original paru dans La Tribune

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 19/01/2013, dans économie, politique, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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