l’Impôt c’est le vol, ou la parabole de la tournée de bières…


Augmentation de la pauvreté, désertion de nos riches vers les pays moins disant fiscaux, ça fait jaser Au Coin du Comptoir…

Et voilà qu’un des piliers se met à nous raconter l’histoire des dix copains qui venaient écluser tous les jours une bière au bistrot, parabole économique sur le système fiscal d’un économiste américain, David R. Kamerschen .

1) « Quand les riches s’appauvrissent, les pauvres meurent »
Proverbe chinois (avant la dictature communiste…)

2) Les impôts expliqués par un Prof….

Le principe des impôts semble pouvoir s’expliquer par une logique assez simple. Mais beaucoup pourtant ne le saisissent toujours pas.
Comme c’est la saison des taxes, laissez-moi vous l’expliquer en des termes simples que tout le monde peut comprendre.
Imaginons que tous les jours, 10 amis se retrouvent pour boire une bière et que l’addition totale se monte à 100 euros. (Normalement, cela ferait 10 euros par personne). Mais nos dix amis décidèrent de payer cette facture selon une répartition qui s’inspire du calcul de l’impôt sur le revenu, ce qui donna ceci :
. Les 4 premiers (les plus pauvres !?), ne paient rien.
. Le cinquième paye 1 euros
. Le sixième paye 3 euros
. Le septième paye 7 euros
. Le huitième paye 12 euros
• Le neuvième paye 18 euros
• Le dernier (le plus riche ?!) paye 59 euros.
Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblaient assez contents de leur arrangement!
Jusqu’au jour où le tenancier décida de leur faire une remise de fidélité !
« Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j’ai décidé de vous faire une remise de 20 euros sur la facture totale. Vous ne payerez donc désormais vos 10 bières que 80 euros. »
Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu’ils auraient payé leurs taxes.
Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement.
Mais comment les six autres, (les clients payants), allaient diviser les 20 euros de remise de façon équitable ?
Ils réalisèrent que 20 euros divisé par 6 faisaient 3.33 euros. Mais s’ils soustrayaient cette somme de leur partage alors le 5ème et 6ème homme devraient être payés pour boire leur bière.
Le tenancier du bar suggéra qu’il serait plus équitable de réduire l’addition de chacun d’un pourcentage du même ordre, il fit donc les calculs. Ce qui donna ceci :
• Le 5ème homme, comme les quatre premiers ne paya plus rien. (un pauvre de plus ? Ndt)
• Le 6ème paya 2 euros au lieu de 3 (33% de réduction)
• Le 7ème paya 5 euros au lieu de 7 (28% de réduction)
• Le 8ème paya 9 euros au lieu de 12 (25% de réduction)
• Le 9ème paya 14 euros au lieu de 18 (22% de réduction)
• Le 10ème paya 50 euros au lieu de 59 euros (16% de réduction)
Chacun des six « payants » paya moins qu’avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie :
« J’ai seulement eu 1 euros sur les 20 euros de remise », dit le 6ème il désigna le 10ème « lui, il a eu 9 euros ».
« Ouais ! dit le 5ème , j’ai seulement eu 1 euros d’économie » « C’est vrai ! » s’exclama le 7ème , « pourquoi aurait- il 9 euros alors que je n’en ai eu que 2 ? Le plus riche a eu le plus gros de la réduction »> « Attendez une minute » cria le 1er homme, « nous quatre n’avons rien eu du tout nous. Le système exploite les pauvres!».
Les 9 hommes cernèrent le 10ème et l’insultèrent.
La nuit suivante le 10ème homme (le plus riche ?!) ne vint pas. Les neuf autres s’assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer leur note ils découvrirent quelque chose d’important : ils n’avaient pas assez d’argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l’addition !
Et cela, mes chers amis, est le strict reflet de notre système d’imposition.
Les gens qui payent le plus de taxes tirent le plus de bénéfice d’une réduction de taxe.
Taxez les plus fort , accusez-les d’être riches et ils risquent de ne plus se montrer désormais. En fait ils vont boire à l’étranger…
Pour ceux qui ont compris, aucune explication n’est nécessaire.
Pour ceux qui n’ont pas compris, aucune explication
n’est possible.
Signé
David R. Kamerschen, Ph. D.
Professeur d’économie

Eh oui ! L’impôt progressif est une vaste escroquerie. Enfin d’après notre professeur d’économie.
Ninety-NinePercentBreasts055
Le texte avait réveillé ma curiosité. Avec l’aide de notre incontournable Internet je me suis mis à rechercher quelques petites indications sur cet économiste. Surprise ! à la première ligne de sa biographie, de son curriculum vitae, notre David Kamerschen dénonce toutes les fadaises écrites sous son nom sur Internet. En allant un petit peu plus loin je suis tombé sur plusieurs sites qui parlaient de ce « fake », cet écrit apocryphe.  La légende se serait répandue par eMail depuis 2002 !
Je vous ferai grâce de l’analyse quasi anticapitaliste d’un site américain sur cette interprétation délirante de la fiscalité pour citer celle de Hugues « un sioux est un sioux » sur un forum.
Si vous ne comprenez pas ce qui va suivre, ne perdez pas espoir, apprendre ça s’apprend aussi.

1) “Quand les riches s’appauvrissent, les pauvres meurent”
N’oubliez pas d’ajouter:
« Tu argumentes, je réplique par un proverbe, je gagne ».
Que ce proverbe soit réel, fantasmé par vous, ou un autre, ou qu’il soit la corruption de l’authentique « Quand le gros maigrit, le maigre meurt » (dont le sens ne se prête pas aussi opportunément à vos arguments) importe peu. Vous avez fait appel à la sagesse (de la chine) populaire, qui ne saurait avoir tort, parce que bon, quand même, y a pas de fumée sans feu.

2) Le sophisme de l’homme de paille (straw man fallacy) est vraiment apprécié par le professeur Kamerschen. C’est vrai, pourquoi s’embêter à trouver des arguments convaincants alors qu’il suffit d’inventer un contradicteur idéalement faible. Et puisque vous aimez copier coller vos interventions, il n’y a pas de raison de ne pas copier coller les réponses qui démontent ce scientisme si apprécié des économistes:

il manque notamment l’explication du fait que, sur chaque tranche de revenu, chacun paye la même part. Là il ne donne que la “fin” à savoir les taux marginaux d’imposition. En outre le choix des valeurs faisant supporter 56% de la note à 10% des individus est fallacieuse car elle sous entend qu’une infime fraction de la population contribue à la majorité des revenus de l’état tirés des impôts. Ce qui est faux. Ne serait ce que parce que l’impôt sur le revenu qui focalise le plus l’attention ne représente que 15% des recettes de l’état contre près de 50% pour la TVA (sur laquelle il n’y a aucune progressivité justement – même taux pour tout le monde, la seule modulation venant du panier d’achat avec plus de biens à faible TVA pour les ménages modestes).

Ensuite il oublie de dire que chacun n’a pas la même bière… En effet plus on donne plus on reçoit contrairement à l’idée reçue. Que ce soit sous forme d’exonération de prélèvement comme avec les niches fiscales ou de redistribution (exemple : les impôts servent à financer le système éducatif, les enfants de familles aisées font des études plus longues et plus souvent en grandes écoles et donc bénéficient d’une meilleurs redistribution – c’est reproductible à de nombreux domaines comme la santé, la sécurité etc…). Pour filer la métaphore du prof, le “riche” reçoit une bonne bière d’abbaye Belge là où les autres ont une vieille Kro dégueulasse.

Enfin la conclusion est un joli sophisme. En gros l’idée est de nous dire qu’il est naturel que la baisse d’impôt favorise d’abord et d’autant plus les plus aisés (règle de proportionnalité). C’est logique. Sauf que rien n’oblige à baisser de manière uniforme, on peut tout aussi bien cibler les baisses. Et c’est là qu’intervient l’autre argument : “sinon, ils (les riches) vont partir”. Or ils étaient déjà incités à partir avant une éventuelle baisse, que celle ci soit proportionnelle ou pas ne change rien au problème. Il ne s’agit donc pas d’une démonstration logique (au sens premier du terme) car le dernier argument est extérieur au raisonnement. Tout cela peut se résumer à « il faut baisser les impôts et principalement ceux des plus aisés car sinon ils vont partir ». Or là il s’agit d’un simple choix politique / idéologique. On peut très bien tenir le raisonnement (idéologiquement) inverse qui suggère de diminuer l’impôt (voire de rendre négatif l’impôt – type prime pour l’emploi) des moins aisés car, leur proportion à épargner étant plus faible et leur proportion à acheter des produits importés étant également plus faible, c’est un moteur de croissance.

Or dans les deux cas les choses sont infiniment plus complexes. Le taux d’imposition n’est pas le seul facteur décidant de l’opportunité (au sens de “l’intérêt qu’il y a à”, hors considérations “morales” donc) à rester ou à immigrer vers un paradis fiscal (sinon, ça fait longtemps qu’il ne resterait quasiment plus une seule personne imposée sur la fortune en France, or ce chiffre augmente régulièrement). De même qu’une relance par la consommation ciblée sur les ménages défavorisée n’est pas forcément la panacée question efficience car cela dépend de nombreux facteurs exogènes (pour les économistes, c’est la question de l’efficacité d’une relance keynésienne en économie ouverte, et on peut repenser au précédent de la période Mitterrand version avant 83).

Bref, ce que ce prof d’économie nous livre là n’a rien d’une banale explication uniquement factuelle. C’est un propos largement teinté idéologiquement (avec en plus des petits bouts de manipulation type les choix des valeurs) qu’il essaie de nous vendre pour un pur raisonnement logique. Et, à titre personnel, c’est typiquement le genre de manoeuvre intellectuelle qui m’agace (pour rester soft). Ou comment faire passer une opinion pour un fait quasi scientifique. C’est juste malhonnête.

Ah et pour terminer la dernière remarque (”ceux qui comprennent…”) est juste méprisante, ce qui ne donne pas non plus une bonne image du monsieur. Ceux qui ne comprennent pas c’est souvent parce qu’on leur a mal expliqué et c’est tout…

The-99-Percent

Moi j’adhère aux deux dernière conclusions de Hugues qui ne savait pas de surcroit que ce professeur d’économie n’a jamais écrit une ligne de ce texte « malhonnête » de propagande néolibérale. A vous de réfléchir sur ce texte et cette analyse, de préférence à dix, autour d’une table, sans oublier dix bonnes bières…

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 11/12/2012, dans économie. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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