Tout sur la Compétitivité, chapitre 2 : Oui, mais précisément c’est quoi ?


Au Coin du Comptoir on ne recule devant rien. On a déjà essayé de vous expliquer la crise financière, celle de la dette, de la mondialisation et ce sans avoir fait HEC. Bien sûr nous ne sommes pas devenus des experts, on a peut être tort  d’ouvrir les cours au moment de l’open bar mais, quand on regarde de vrais experts à la télé, nous arrivons maintenant à comprendre un mot sur deux.

Justement, à propos de mots, il en est un qui fait flores depuis que nous faisons un complexe d’infériorité face à nos amis germains. C o m p é t i t i v i té…

Dans le chapitre 1 nous avons essayé de comprendre le contexte de cette fameuse compétitivité dans le cadre de la mondialisation. Pas facile mais en relisant bien on s’aperçoit que si tout le monde est compétitif le système économique des excédents (solde positif de la balance des paiements comme ils disent) se bloque. Si juste quelques-uns font des excédents le Marché ne régule rien dans les échanges internationaux, le déficit s’installe, à travers les circuits financiers les excédentaires prêtent de l’argent aux déficitaires pour qu’ils puissent  continuer à acheter les produits qui font leurs excédents…

De quoi est donc faite cette fameuse compétitivité ?

Sources de compétitivité économique

Elle est principalement fonction :

  • des coûts de production : coût du capital (c’est-à-dire taux d’intérêt et rendement attendu par le marché boursier) et coût du travail (salaires des mains-d’œuvre qualifiées et non-qualifiées)
  • de la productivité : bonne organisation, main-d’œuvre qualifiée,etc.
  • de l’imposition locale et nationale, et des contraintes administratives
  • de la présence d’infrastructures (routes, réseau de télécommunications,…)
  • d’externalités positives, liées par exemple à la présence de fournisseurs, d’un réseau dense de PME
  • de la disponibilité de main-d’œuvre formée répondant aux besoins de ou des entreprises (liée au système éducatif)
  • des coûts de transport jusqu’à la zone de consommation
  • d’une qualité de production adaptée à la demande
  • de l’adéquation de la production avec la demande intérieure et extérieure.
  • du taux de change par rapport à des producteurs extérieurs (lorsque la monnaie domestique est sous-évaluée, la compétitivité est améliorée). [Wikipédia]

La compétitivité repose également sur la capacité d’innovation technique et commerciale lorsqu’il s’agit de compétitivité dite « hors-prix » (ou qualité).

Oups ! Nous sommes loin du leitmotiv entendu dans tous le débats, dans toutes les fermes, (bin oui, les pigeons, les moutons, les vaches à lait…) chez les 96 grands patrons, au Medef, à l’assemblée nationale, et même au coin du comptoir : « Il faut baisser les charges sur les salaires  ! » Le coût du travail serait le grand fautif de notre compétitivité en berne, mais alors, quid de tout le reste ?

  • Les Coûts de Production.

Comme le dit Wikipédia, ils sont composés du coût du capital et du coût du Travail. Nous reviendrons sur le fameux coût du travail, objet de toutes les discussions dans un prochain chapitre. Mais on voit que, même sur ce facteur, les prêcheurs de la compétitivité oublient un paramètre : le coût du capital. Ce n’est pas anodin quand on sait que depuis les années 90 les taux de rémunération du capital demandés par les actionnaires (ou même parfois des fonds de pension ou des investisseurs peu attachés à l’entreprise ) sont passés de raisonnables à complètement fous pour beaucoup d’entreprises ! Qui parle de diminuer les revenus des actionnaires en ces temps difficiles ?

Donc dans cette affaire de compétitivité ils oublient une majorité de paramètres et dans les coûts de production ils oublient un volet de ces coûts pour tout faire peser sur le travail. C’est vraiment ciblé ! Du coup la solution pour sortir de la désindustrialisation et du chômage de masse  semble facile. En gros il suffit de baisser brutalement le coût du travail dans les entreprises.

Comment baisser ce fameux coût du travail ? Baisser les cotisations sociales patronales, les fameuses charges, et pourquoi pas trouver les moyens de baisser les salaires. Pour cette dernière solution il nous suffit de copier nos voisins allemands.

En Allemagne en 2010, 23,1% des salariés, soit 7,84 millions de personnes, touchaient un salaire qualifié de « bas », inférieur à 9,15 euros bruts de l’heure, selon une étude publiée l’institut de recherche sur le travail de l’université de Duisbourg-Essen (ouest). Les auteurs de l’étude soulignent toutefois que cette proportion tend à diminuer depuis un pic atteint en 2007 (24,2%). Ce chiffre de 9,15 euros correspond à la définition généralement admise du salaire « bas », c’est-à-dire inférieur aux deux tiers du salaire médian dans un pays.

Selon cette étude, qui fait la Une du quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung, au moins 1,4 million de personnes en Allemagne ont même touché des salaires de moins de 5 euros bruts de l’heure en 2010. Il s’agit essentiellement de femmes, d’Allemands résidant à l’Est et de personnes effectuant des « mini-jobs », ces petits boulots subventionnés par l’Etat, censés compléter les aides sociales et permettre le retour à l’emploi des chômeurs de longue durée.           [ L’Expansion mars 2012 ]

Un petit reportage d’ARTE fixe un peu nos objectifs !

Reste le problème de la protection sociale. Là c’est compliqué mais les deux systèmes sont à peu près comparables en coût /PIB et il est difficile de diminuer ces dépenses sans être obligé de se débarrasser des prestataires !! Eh oui, si on se débarrasse des retraités, des malades et des chômeurs les économies seraient considérables…

On peut quand même voir sur le tableau suivant que les entreprises allemandes sont moins sollicitées pour les prestations sociales. Les vraies différences sont relevées dans le document comparatif du portail de l’économie et des finances français et c’est vraiment une affaire de spécialistes et notre spécialité reste quand même le fonctionnement d’un apéro réussi…

Reste que pour être compétitif à la mode de la mondialisation et de la guerre économique qui en découle, ce n’est pas avec cette méthode qu’on va gagner. Il faut dire qu’on se frotte à des adversaires redoutables en Europe même en excluant la Roumanie et la Bulgarie . Il va falloir descendre en dessous de 12, 5 % d’impôts sur les sociétés pour attirer plus de sociétés que l’Irlande.  Faire tomber le coût de la main d’oeuvre en dessous des 9,89 € de l’heure du Portugal pour nos salariés. On va tirer la langue pour y arriver.

Je sais que vous aimez mieux les dessins humoristiques que les graphiques en barres mais il faut se rendre à l’évidence, pour les salaires, c’est pas gagné non plus ! Alors que faire ?

Les piliers du zinc ont une autre approche. On s’est posé la question : comment en est-on arrivé là ? Comment avons-nous perdu cette fameuse compétitivité ? Et nous avons trouvé que ça, c’étaient de bonnes questions. En  effet, s’il est normal d’en faire le constat et rechercher des remèdes, il nous semble que si l’on met le doigt sur les causes il serait d’autant plus aisé de trouver des solutions.

Dans la liste des facteurs nécessaires à la compétitivité, il semble qu’on se polarise sur les coûts de production. Nous avons vu avec ces tableaux et  ces chiffres que si c’est la guerre à la compétitivité, même limitée à l’Europe, nous allons avoir beaucoup de trous à faire dans les ceintures et le progrès va être un saut vers le passé ! Il va falloir que nous nous mettions au niveau des moins disant sur les salaires, sur les impôts, la protection sociale. On avait une autre idée du progrès Au Coin du Comptoir. Si cette compétitivité doit se faire au niveau mondial, regardons bien les documentaires sur le travail, les conditions de vie, dans les pays compétitifs, nous risquons d’être obligés de copier bientôt les mêmes modèles…

Dans le prochain chapitre, nous verrons plus en détail comment être compétitif et sortir de la crise avec les recettes des penseurs payés pour ça et les suggestion farfelues (ou pas ) de nos piliers de comptoir…

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 08/11/2012, dans économie, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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