Tout sur la Compétitivité, chapitre 1 : Où ce n’est pas si simple…


Compétitivité, si vous n’avez pas entendu ce mot c’est que vous êtes otage quelque part, dans un coma profond comme Ariel Sharon ou peut être mort sans le savoir depuis près d’un an. Une chose est sûre, personne ne sait très bien ce que cela veut dire et tout le monde a son opinion sur le sujet.

Au Coin du Comptoir, passé les clients complètement à l’ouest qui pensaient que l’on parlait des résultats des derniers jeux olympiques de Londres et qui ensuite ont embrayé sur Lance Armstrong, les piliers de zinc se sont mis à potasser le sujet. Si l’on tape « compétitivité  » chez Google on obtient 11 330 000 résultats en 0,15 secondes et pour  « compétitivité France » 8 720 000 résultats en 0,19 secondes. Est ce déjà un signe de nos difficultés dans le contexte mondial (francophone évidemment) ?

Alors c’est quoi la compétitivité ?

Laissons nous souffler une définition par Wikipédia :

La compétitivité économique est une notion économique qui s’applique à une entreprise, un secteur économique, ou un territoire (pays, bassin économique…). Elle désigne la capacité d’une telle entité à fournir et vendre durablement un ou plusieurs biens ou services marchands sur un marché donné en situation de concurrence.

Ce terme est passé dans le langage courant avec une acception très large et quelque peu vague, pour évoquer la capacité à réussir économiquement dans un environnement concurrentiel, en innovant, en croissant, en réalisant du bénéfice, etc.

Voilà, voilà… Donc la France, dans la mondialisation ambiante a beaucoup de mal à vendre ses biens et services non seulement sur son territoire mais aussi au reste du Monde. Ça a l’air simple comme ça mais finalement il va falloir aussi parler de la mondialisation pour bien saisir cette affaire de compétitivité.

Il y a très, très longtemps que les pays échangent. A l’époque on récupérait des tas de matières premières ou des choses qui n’existaient pas/peu chez nous contre une poignée de verroteries ou de manches de pioches bien taillés. Parfois ça se compliquait un peu, on échangeait la verroterie contre des esclaves qu’on vendait aux producteurs de sucre en manque de main d’œuvre et on revenait à la maison avec un chargement de sucre.

Il y a longtemps, enfin pas si longtemps que ça, mais juste avant la mondialisation comme on en parle aujourd’hui, les pays  se sont mis à se vendre et à s’acheter des choses assez identiques. Je te vends mes machines à laver et je t’achète tes sèche-linges. Quand l’autre essayait de nous vendre des machines à laver moins chères que celles que nos bons ouvriers français fabriquaient déjà, paf, on collait un droit de douane bien senti sur ses machines et il n’y avait plus que les très riches qui pouvaient s’acheter des marques étrangères. Bien sûr les autres faisaient la même chose quand ils étaient placés dans la même situation.

Les plus futés d’entre vous et ceux qui suivent vont dire, « oui, mais pour les matière premières… » . Et bien nous avions les colonies. On échangeait ce dont nous avions besoin contre la civilisation. On leur construisait des routes et des chemins de fer pour faire rouler nos camions et nos trains. On leur apprenait à lire et à écrire pour qu’ils s’occupent de la paperasserie qui nous gonfle… Mais on s’égare.

Enfin est arrivée la grande mondialisation. Fini les frontières, les droits de douane, les freins à la croissance, les états qui décident de tout, l’économie petit bras. Les économistes néolibéraux, l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI, les entreprises devenus multinationales ont décidé que le Marché était le progrès et que la compétitivité serait le maître mot.

Le progrès, au sens humain du terme, c’est à dire l’espoir du mieux vivre, du travailler mieux, moins durement moins longtemps a été remplacé par faire plus, de plus en plus vite, pour faire tourner les usines, pour que cela coute le moins cher possible, pour que cela soit remplacé rapidement,  pour être compétitif…

Il y a une chose qui nous échappe au coin du zinc. Si on admet que l’on va redevenir compétitif et que tout le monde va devenir compétitif car c’est le but de tous les pays en crise, on va être dans un sacré pétrin. En effet, si l’on revient à la définition de la compétitivité passée à la moulinette du néolibéralisme, qui va acheter à qui ? Puisqu’on fabrique pratiquement les mêmes choses, quasiment de même qualité et sensiblement au même prix, comment va se faire la concurrence ?

Ce n’est pas clair ? Je prends un exemple : l’ Allemagne (c’est l’exemple favori de … tout le monde en fait !) qui fait un excédent commercial d’environ 100 milliards avec ses voisins européens et la France qui fait un déficit de 30 milliards dans le même marché. Les excédents germaniques sont en partie faits de nos déficits. Ce qui revient à dire que le bon élève libéral se fait une pelote avec la laine des moutons qui sont tondus.

Comme d’habitude, le Marché, censé équilibrer ces fameux échanges avec sa sagesse est défaillant. Volontairement ? On ne peut pas trop dire mais si on fait du mauvais esprit, un pays en déficit commercial est obligé d’emprunter au Marché qui se fait un peu de bakchich au passage. Mais je suis mauvaise langue.

Pourtant les économistes connaissaient le danger de cette compétitivité dans une économie dérégulée. John Maynard Keynes, vous savez cet économiste rétrograde qui prônait l’interventionnisme de l’État dans l’économie, avec son projet de  » chambre de compensation internationale  » (International Clearing Union, ICU) avait travaillé sur cette régulation des échanges commerciaux. L’ICU keynésienne proposait un volet de financement des soldes déficitaires des balances des paiements (c’est comme ça que les experts appellent le montant des échanges commerciaux). Donnons la parole à Frédéric Lordon :

Chaque pays s’y ( par la chambre de compensation) voyait allouer un quota de déficit ou de surplus commercial. Passé le quart de ce quota, un pays déficitaire était autorisé à dévaluer de 5 %, davantage encore au-delà. Mais la grande innovation de l’ICU consistait à mettre à contribution directement les pays excédentaires. Seul le matraquage à la compétitivité, mêlé de reliquats mercantilistes, a pu faire passer l’excédent commercial pour une incontestable vertu. Or l’excédent est le plus souvent le fruit d’une stratégie non coopérative d’avantage compétitif unilatéral exercée sur le dos des autres – à l’image de l’Allemagne qui fait payer sa déflation salariale à ses partenaires européens en manque à croître. L’ICU applique aux pays excédentaires un système de taxation progressive, en fonction de seuils d’excédents prédéfinis, afin de décourager leur stratégie unilatérale et de les inciter à une relance qui rééquilibre leur solde et améliore par là même les déficits (et la croissance) de leurs partenaires.

Ouf ! Je vous laisse méditer sur ce texte. On vous avait prévenu dans le titre de ce billet, ça se complique… Mais peut être comprendrez-vous un peu mieux que la compétitivité et les excédents pour tous, cette panacée qu’on nous présente depuis qu’on est en crise, ne sont pas la solution simpliste qui consiste à réduire les charges ou diminuer les impôts de nos « pigeons » ou de nos « vaches à lait ».

Si vous êtes arrivés jusque là sans avoir zappé sur les lol cats de Youtube vous aimerez certainement le chapitre suivant qui vous expliquera ce qu’est véritablement la compétitivité.

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 31/10/2012, dans économie, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

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