Comment on nous raconte m’importe quoi. Matraquage fiscal : Oups ! Les riches vont fuir…


Au Coin de Comptoir on ne voit passer que peu de riches, et on ne sait pas vraiment pourquoi. Repaire de gauchiste ? Bistrot prolétaire ? Quartier de pauvres ? La question semble tranchée par les nostalgiques de l’ancien Président. L’Ex avait montré tout de suite où allait sa préférence, de notre coin de zinc ou du Fouquet’s. Il avait résolument choisi le symbole de l’aisance. Oh bien sûr tout le monde peut aller au Fouquet’s, même des prolos en tongs de passage sur les Champs Élysées surtout que juste en face tu peux regarder les vitrines de Louis Vuitton après être passé devant Oméga et Lacoste (où il y a des vraies fringues de banlieue). Non, c’était simplement le symbole. Sur son agenda il était noté « premier truc à faire si je suis élu, aller boire un coup avec les potes qui m’ont donné un coup de main ». Pour montrer qu’il n’était pas ingrat la moindre des choses était de marquer le coup et leur faire savoir qu’il ne les laisserait pas tomber.

Nous Au coin du Comptoir on s’en fichait un peu d’avoir été snobés. On se doutait qu’il n’allait pas venir payer sa tournée de Coca (il ne boit pas d’alcool ) mais on a un peu regretté quelque temps après le « Casse toi pov’ con » car on s’est dit que ce genre d’expression était finalement assez fréquente dans notre milieu pas très collet monté.  La chose évidente c’est que le parrain sorti, les protégés n’avaient qu’une chose à faire : les valises.

Sur le manque de riches dans son établissement, le patron de notre troquet préféré a son opinion :

« Depuis le nouveau gouvernement y a matraquage fiscal, tous les riches y se sont fait la malle et du coup, l’Etat va se brosser avec ses impôts; c’est ce qu’on entend partout, ça pleure dans tous les coins et même les pauvres, enfin les pas concernés, cherchent comment échapper à cette chasse aux riches en pensant que si tu as un iPhone t’es imposable !! »

Premier point à souligner : le pauvre aimerait bien payer des impôts

Ceux qui ont fréquenté les prolétaires le savent bien. Combien de fois ont ils entendu répliquer à celui qui se plaignait de ses impôts  » moi j’aimerais bien payer des impôts » sous entendu, j’aimerais bien gagner assez d’argent pour être obligé d’en payer. Il fut un temps où les plus modestes qui étaient entrés dans le cercle des imposables avaient une jolie expression quand on les croisait revenant d’avoir été jeter leur écot dans la boite aux lettres de la Trésorerie Générale : « J’ai été payer mes contributions »… Le modeste contribuable n’était pas franchement joyeux d’avoir à donner de l’argent à l’Etat  mais il était assez fier d’avoir « contribué »

Second point : l’évasion fiscale. Ce ne sont pas les particuliers qui posent problème, ce sont les entreprises.

C’est ce que souligne un rapport tout récent de la commission d’enquête du Sénat. Cinq mois de boulot, 130 personnes auditionnées et 800 pages.  Au global, l’affaire coûterait entre 30 et 50 milliards d’euros à l’État français chaque année !!

Le nom de ce rapport : « l’évasion fiscale internationale, et si on arrêtait ? »

Et ça raconte quoi ce pavé ?

Que sans parler des paradis fiscaux, dont on n’a fait d’ailleurs que parler au G20 de Londres en 2009 et dont l’ONG  – Tax Justice Network – à chiffré le montant de l’évasion fiscale mondiale à 25 000 000 000 000 de dollars ( 25 puissance 12 soit pour les nuls en math 25 000 milliards de $ ), cette évasion fiscale dérègle complètement le système économique et le système social. En effet, ces montants qui échappent à la somme de la contribution de tous, alourdissent le poids de la fiscalité de ceux qui ne peuvent  s’en affranchir. Voici ce qu’en dit le rapporteur dans l’introduction de ce document :

Votre rapporteur ne voudrait pas finir cet avant-propos sans décrire quelques effets pernicieux de l’évasion fiscale internationale : l’assèchement des recettes publiques particulièrement sensible en cette période où la voie budgétaire a été choisie (on peut le regretter) pour sortir de la crise des dettes souveraines, la rupture d’égalité devant les charges publiques, qu’elle lèse l’équité verticale (autrement dit la redistribution) ou l’équité horizontale (autrement dit l’égalité de traitement et de concurrence), le développement d’une finance déstabilisante et prédatrice qui accroît les risques systémiques et déséquilibre les conditions de la croissance économique réelle, et, sans doute surtout, l’effondrement de la confiance sans laquelle le « vivre ensemble » apparaît comme un jeu de dupes, perception qui laisse cours à tous les populismes.

 Face à ces dangers, le rapport de votre commission d’enquête ne peut que regretter qu’une certaine résignation devant une prétendue impuissance, voire, au pire, une certaine négligence, entourent un problème qu’il faut prendre à bras le corps. Pour être juste, il faut reconnaître que ces préoccupations ont pris un certain relief dans le monde et en France. Pour autant, l’élan semble s’être affaibli tandis que la structuration d’une politique publique réellement efficace manque de force.

Si l’argent ainsi détourné était réinvesti dans l’économie réelle, on pourrait peut être encore justifier les gentilles justifications des tenants du « moins de taxes, moins d’impôts »  qui excusent à longueurs de discours les « créateurs de richesses » fraudeurs. Non, cet argent ne réapparait que sous la forme de spéculations financières improductives pour l’économie réelle mais juteuses pour les investisseurs et dangereuses pour la stabilité financière mondiale et locale.

Le dumping fiscal, le fait que certains pays proposent une fiscalité avantageuse très nettement en dessous de celle habituellement proposée,   crée une concurrence entre pays qui ne peut être compensée que par un alignement sur les moins disant. Ceci faisant, le pays diminuant ses recettes et se voit dans l’obligation de pratiquer des coupes dans son budget, coupes qui se répercutent la plupart du temps sur des services publics déjà en manque et par des prélèvements augmentés sur ceux qui n’ont pas la possibilité de s’exclure de la juste contribution .

Il faudrait cesser de jeter un nuage de fumée sur ces pratiques largement sous estimées au coeur de l’économie contemporaine, en laissant les tenants du néolibéralisme nous faire pleurer dans les chaumières sur le sort de ces pauvres riches obligé de fuir en Belgique ou ailleurs.  Les piliers du Coin du Comptoir vous expliqueront dans un prochain billet comment ça fonctionne et pourquoi l’artisan et le commerçant du quartier est pour le coup vraiment pigeonné…

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 04/10/2012, dans économie, politique, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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