Comment déclencher poliment une guerre civile…


Dans cette période où l’on essaie d’opposer tout ce qui peut s’opposer, quand la crise, le chômage, les bouchons routiers, les odeurs, tous les malheurs sont de la faute de « l’autre », je me suis rappelé d’une vieille recette de ce génie de Pierre Desproges. Je vous la propose en espérant qu’elle puisse vous faire sourire et donner à penser à ceux qui croient encore que l’enfer c’est les autres…

Pierre DESPROGES - Comment déclencher poliment une bonne guerre civile

« Ce qu’il nous faudrait, c’est une bonne guerre! »

Nombreux sont autour de nous les gens qui lâchent cette petite phrase en soupirant.
Mais l’instant d’après, ils retournent vaquer à leur petite vie mesquine et n’y pensent plus. Or, si nous voulons vraiment la guerre, il ne suffit pas de l’appeler de nos vœux en levant les yeux au ciel d’un air impuissant. Pour qu’un sang impur abreuve de nouveau nos sillons, il nous faut semer véhémentement l’idée de la guerre. Faute de quoi, cette drôle de paix qui a envahi la France voici près de quarante années finira par nous encroûter totalement, les vraies valeurs seront de plus en plus bafouées, les jeunes d’aujourd’hui seront de moins en moins ce que c’était, ma pauvre dame, et le respect se perdra de plus en plus dans les usines du grand-père de Souchon.

Comment faire, alors, pour être sûr d’avoir la guerre ? A l’échelon planétaire, l’équilibre de la terreur est tel qu’on ne peut guère espérer un conflit mondial avant plusieurs semaines, à moins d’un court-circuit ou d’une défaillance humaine. Mais combien de chances avons-nous de voir un sous-officier ivre mort se casser la gueule juste sur le petit bouton rouge de la force de frappe ?

Non, ne rêvons pas : la Troisième Guerre mondiale n’aura pas lieu ces jours-ci.

Pourquoi n’organiserions-nous pas une guerre FRANÇAISE, dans laquelle les forces en présence seraient toutes françaises ? Réfléchissons un instant ; prends ta tête à deux mains mon cousin. Pour que l’idée de guerre germe dans le cœur de l’homme, il suffit que l’homme entretienne en lui la haine de l’autre.En 1914 (tiens, 14-18 : ça, c’est de la guerre), les jeunes soldats français croyaient dur comme fer que les allemands avaient les pieds crochus, sentaient le purin, et qu’ils n’arrêtaient de boire de la bière que pour venir jusque dans nos bras égorger nos filles et nos compagnes. Grâce à quoi, à cette époque, les jeunes Français avaient les cheveux courts et ne fumaient pas des saloperies que la morale réprouve. D’accord, ils sont morts, mais les cheveux courts !

En ces conditions, pourquoi ne pas déclarer une fois de plus la guerre à l’Allemagne direz-vous ?

C’est une très mauvaise question, je ne vous remercie pas de me l’avoir posée. Déclarer une guerre à l’échelon européen, ce serait défier l’équilibre anti-apocalyptique déjà précaire, édifié par les deux ogres détenteurs de la force totale. Or, ces deux titans se sont arrogés de longue date l’exclusivité de la solution finale du problème « homme » par la méthode dite du champignon définitif. Ils ne nous laisseront pas faire. Non. La seule guerre raisonnablement envisageable, c’est la guerre cent pour cent française, entre Français. Et puisque la haine est le moteur de la guerre, apprenons à nous haïr entre nous. Ah ! certes, il est plus facile de haïr les Arabes ou les Anglais dont les mœurs incroyablement primitives ont de quoi nous révulser. Est-ce que je mange du gigot à la menthe en me tournant vers la Mecque, moi ? Non ! Je suis normal : je mange des cuisses de grenouilles en me tournant vers Guy Darbois.

Ainsi, pour bien nous haïr entre Français, nous devons tenter d’oublier ce qui nous unit, et mettre l’accent sur ce qui nous sépare. Chaque région de ce pays a ses rites et coutumes qui ne sont pas les mêmes que ceux de la région d’à côté. Apprenons à les connaître, apprenons à les détester. C’est à ce prix que nous aurons la guerre civile franco-française, ultime recours pour nous sortir de la crise.

Les Béarnais sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.

J’ai sous les yeux un pot de sauce béarnaise. Vous voulez savoir ce qu’ils mettent dans leur sauce, les Béarnais ? C’est une honte : « Huile de soja 63 %, farine de maïs 0,9 %, estragon, cerfeuil 1,9 %, excipient E 312, O,2 %. A consommer de préférence avant le 6 mars . Pas d’utilisation prolongée sans avis médical. » Huile de soja 63 % ! d’où vient tout ce soja ? Mais de Chine, bien sûr. De là à prétendre que les Béarnais ont signé un pacte secret avec la Chine rouge il n’y a qu’un pas.

Allons-nous hésiter à le franchir allégrement ? Non !

D’autre part, de Pau à Foix et de Foix à Pau, on ne rencontre que des dégénérés alcooliques détruits jusqu’à l’os par les abus de jambon de Bayonne que ces gens-là trempent en tranches épaisses dans leurs grands bols pleins d’alcool de pruneaux, à jeun bien sûr. Ainsi ceux de Pau ont des maladies de foie, ceux de Foix ont des maladies de peau, c’est dégueulasse. Sus mes preux ! mort aux Béarnais !

Les Bourguignons sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.

D’abord, dans la fondue bourguignonne, ils mettent de la sauce béarnaise ! Ce sont donc des collabos, n’ayons pas peur des mots. D’autre part, les Bourguignons ont-ils jamais été capables de reproduire quoi que ce soit de bon à partir du sol de la Bourgogne ?  » Certes, non !  » me disait justement l’autre jour un ami, vigneron près de Bordeaux. Certes, quelques régions de Bourgogne donnent une humble piquette que les uns boivent à Dijon et que les aut’ pissent de Beaune. Mais peut-on appeler ça du vin ?

Quant aux Dijonnais eux-mêmes, leurs mœurs sont une insulte permanente à la mémoire de Louis XI,qui fut à la fois le père de la réunification de la Bourgogne, qui commença par le traité d’Arras en 1482, et l’amant de Charles Martel qui commença par la traiter de connasse en 1483. La nuit, les mœurs des Dijonnais sont tellement dissolues qu’on n’entend plus les couinements de leurs chats ; ils les couvrent de leurs hurlements d’extase impure qui tombent sataniques et lugubres vers la lune, quand la nuit tombe et que l’amour tarde, de Dijon.

Sus mes preux ! mort aux Burgondes !

Les Bordelais sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.

Certains habitants du Bordelais boivent du vin de Bourgogne. Ce sont des collabos, n’ayons pas peur des mots. Les Bordelais sont très laids. Au reste, dans « Bordelais » il y a  » laid « , de même que dans  » Pinochet  » il y a  » hochet « . Comment se fait-il que les Bordelais soient si laids alors que leurs femmes soient girondes ? C’est un grand mystère et une nouvelle occasion de nous esbaudire devant l’impénétrabilité des desseins du Seigneur. C’est une raison de plus pour déclarer la guerre à ces gens : « Trucidus et Fornicae mamellae guerrae sunt  » : Tuer et violer sont les deux mamelles de la guerre. Mais, Seigneur, que les Bordelais sont laids ! Avez-vous vu à quoi ressemble le duc de Bordeaux ?

Sus mes preux ! mort aux Bordelais !

Les Normands sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.

Les Normands sont fourbes aux yeux bleus. Ils doivent cette particularité psychoanatomique aux retombées de la guerre de Cent Ans qui fit rage en France pendant de longues semaines, et qui mit face à face les Anglais, venus d’Angleterre, et les Français, venus du bistrot. En 1420, les Anglais s’étaient rendus maîtres du duché de Normandie. Ils se mirent à genoux pour remercier Dieu, puis à plat ventre pour violer les Normandes, en vertu du code de bonnes manières toujours en usage dans les guerres dignes de ce nom. Or, nous le savons, et pas seulement de Marseille, tous les Anglais sont fourbes aux yeux bleus. Et tous ces bâtards de ces fornications guerrières, dont les descendants peuplent aujourd’hui la Normandie, héritèrent de ce double caractère grâce auquel on peut sans peine reconnaître un Normand d’un communiste, car le communiste est fourbe, certes, mais avec les yeux rouges. Donc les Normands sont anglais, alors que, ne l’oublions jamais, l’Anglais est l’ennemi héréditaire intérimaire, en alternance avec l’Allemand. (En attendant la Troisième Guerre Mondiale grâce à laquelle le Russe deviendra le troisième ennemi héréditaire : l’homme aura ainsi atteint le plus haut degré de la civilisation, puisqu’il pourra enfin faire les trois huit à Verdun.)

Autre preuve que les Normands sont anglais : ils mangent du gigot à la menthe. Sans menthe, direz-vous ? D’accord. Et alors ? Quand le duc d’Edimbourg mange des patates à la braise, il ne mange pas la braise, que je sache. Est-ce que ça prouve qu’il n’est pas anglais ?

Sus mes preux ! mort aux Normands !

Les Bretons sont-ils des gens comme nous ? Je dis non.

Le Breton est têtu. Sinon pourquoi dirions-nous d’un breton: « Il est têtu comme un Breton » ? Alexandre Vialatte, le plus grand écrivain français, avant Dutour et Poulidor, disait que : » Le Loup est appelé ainsi à cause de ses grandes dents.  » De la même façon, le Breton est appelé ainsi parce qu’il est têtu. Je n’en démordrai pas. On a pu prouver scientifiquement que le Breton est têtu. Les travaux des plus éminents chercheurs du CNRS  ont démontré théoriquement que le Breton trempé est encore plus résistant aux fortes pressions que l’acier trempé. Pour passer de la théorie à la pratique, il suffirait de porter un Breton à ébullition. Mais jusqu’à ce jour aucun Breton contacté pour aider la science dans ce domaine n’a voulu prêter son concours. Donc le Breton est têtu. Par sa faute, la recherche marque le pas. Et c’est navrant, quand on songe que les Américains, dans leurs laboratoires d’Atlanta, nous ont une fois de plus rattrapés, puisqu’ils ont d’ores et déjà réussi à démontrer que les nègres étaient solubles dans l’acide sulfurique.

Sus mes preux ! mort aux Bretons !

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 25/04/2012, dans politique, Société. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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