Devenez expert en crise financière… Aujourd’hui la compétitivité


Il y a des mots qui agacent les habitués Au Coin du Comptoir, le dernier en date est « COMPÉTITIVITÉ »… C’est vrai que ce coin de zinc n’est pas tout à fait le modèle de la productivité française ! Ce mot placé dans une conversation anodine provoque immédiatement des réflexions peu amènes.

« On voit ce que ça donne la compétitivité chez France Télécom… »
 » Y veulent qu’on bosse comme des chinois ou quoi ? « 
« Qu’y me donnent du boulot et je vais leur montrer ce que c’est qu’un mec compétitif ! »
« Remets nous ça Moe, y a ta compétitivité qui baisse… »

Je sais, c’est épidermique, mais les clients du bistrot confondent souvent productivité et compétitivité bien que la première soit contenue dans la seconde. On va essayer d’éclaircir cela…  Voyons d’abord ce qu’est la compétitivité pour notre ami Wikipédia :

Elle est principalement fonction :

  • des coûts de production : coût du capital (c’est-à-dire taux d’intérêt et rendement attendu par le marché boursier) et coût du travail (salaires des main-d’œuvre qualifiée et non-qualifiée)
  • de la productivité : bonne organisation, main-d’œuvre qualifiée,etc.
  • de l’imposition locale et nationale, et des contraintes administratives
  • de la présence d’infrastructures (routes, réseau de télécommunications,…)
  • d’externalités positives, liées par exemple à la présence de fournisseurs, d’un réseau dense de PME
  • de la disponibilité de main-d’œuvre formée répondant aux besoins de ou des entreprises (liée au système éducatif)
  • des coûts de transport jusqu’à la zone de consommation
  • d’une qualité de production adaptée à la demande
  • de l’adéquation de la production avec la demande intérieure et extérieure.
  • du taux de change par rapport à des producteurs extérieurs (lorsque la monnaie domestique est sous-évaluée, la compétitivité est améliorée).

La compétitivité repose également sur la capacité d’innovation technique et commerciale lorsqu’il s’agit de compétitivité dite « hors-prix » (ou qualité).

Cliquez sur l'image pour voir en vidéo comment devenir productif

Vous vous dites, ça y est… on est à la fac, section économie, rassurez-vous on va décortiquer les éléments les plus utiles pour un café du commerce.

  • Les coûts de production

Wiki nous dit, les taux d’intérêts, pas un problème, il étaient pas très chers les taux, mais la suite est plus intéressante… Rendement attendu par les marchés boursier. Là on est dans le dur. Le marché qui a mis des billes dans l’affaire veut recevoir des dividendes conséquents, à deux chiffres si possible.

J’ai personnellement du mal avec ce dernier élément dans le cadre de la compétitivité. Comment fournir et vendre durablement un ou plusieurs biens ou services marchands sur un marché donné en situation de concurrence, si les gourmands actionnaires plombent les prix, ce qu’ils font depuis de nombreuses années. Dans les milieux libéraux on souligne rarement cet élément qui plombe la compétitivité pour insister sur le suivant.

Le coût de la main-d’œuvre, voilà un élément qui revient régulièrement dans la bouche de nos experts néo-libéraux. Ceci justifie à leurs yeux les délocalisations. Il faut savoir en plus, que même dans un produit « made in France », environ un tiers des composants sont fabriqués à l’étranger. La conclusion des experts est logiquement que nous devons baisser le coût de la main-d’œuvre pour baisser les coût de production et devenir « compétitif ». Si nous voulons rester dans la logique de nos amis du libre-échange il faut faire deux choses : baisser les salaires et diminuer les charges.
Baisser les salaires n’est pas une chose facile dans un pays comme le nôtre mais différents moyens ont été employés pour au moins contenir les hausses de salaires.
Le chômage en est un. Lorsque le nombre de chômeurs est important les demandeurs d’emplois sont de moins en moins exigeants sur les conditions d’embauche.
L’immigration en est un autre. Il est évident qu’un sans papier n’est pas non plus très exigeant sur ses conditions de travail. Même de très grandes sociétés utilisent ce moyen pour diminuer leurs coûts sans être trop inquiétées.
Certaines niches fiscales permettent de limiter les coûts salariaux. Les baisses de charges sur les bas salaires dissuadent de toute augmentation des revenus les plus bas. D’autres dispositions fiscales font profiter les entreprises d’effets d’aubaine conséquents.
Quant aux charges sociales, d’autres mesures « en faveur de l’emploi » permettent aux entreprises de les faire baisser.
Tous ces moyens sont insuffisants pour nous placer au même niveau que nos concurrents quand on sait que même en Europe les différences sont énormes. En France le salaire moyen horaire charges sociales comprises est d’environ 35 €, en Roumanie il est de 3,5 € !! On comprend mieux le pourquoi de la désindustrialisation chez nous. Par contre, on a du mal à comprendre cette litanie pour la compétitivité.
L’institut de conjoncture COE-Rexecode a pour sa part avancé un coût horaire de la main-d’œuvre de 34,6 euros en France et de 33,5 en Allemagne au troisième trimestre 2010.
Le Monde
  • Productivité, rien à dire on est les meilleurs du monde ou presque.
  • Impôts et contraintes administratives. Comme les plus grandes sociétés ne payent pratiquement pas d’impôts en France cette rubrique est peu intéressante. De plus c’est l’état qui décide de tout cela.
  • Les autres points sont rarement évoqués par les politiques qui prêchent la compétitivité

Du coup, on peut se demander comment font nos amis et modèles allemands pour être compétitifs eux …

Ce qui est agaçant avec cette compétitivité qu’on nous rabâche c’est ce sentiment de culpabilité qu’on distille au grand public pour faire passer la pilule de la rigueur. Vous coûtez trop cher, vous consommez trop de médicaments, vous ne travaillez pas assez, …
 Avez-vous remarqué que la comparaison porte toujours sur un système social trop coûteux sans comparer le contenu des systèmes. Avec la Chine c’est simple, il n’y a pas de système de sécurité sociale, de retraites… Bien sûr le système américain coûte beaucoup moins cher aux entreprises que chez nous, mais le résultat est simple, c’est l’utilisateur final qui paye avec ses propres deniers, quand il le peut , pour obtenir le même service qu’ici en Europe.
Je ne vois pas comment on peut réussir à atteindre une compétitivité à la chinoise sans supprimer tout notre système social qui est notre handicap dans cette course au profit. Je crois que c’est vers ça qu’on s’oriente. Les assurances sociales, les retraites, mettons tout ça dans le secteur privé et nous redeviendrons compétitifs…

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 01/11/2011, dans économie, politique, Société, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :