Si vous êtes indignés… c’est de votre faute !


Je vous ai parlé de l’indignation qui régnait Au coin du comptoir dans mon précédent billet. Monsieur Robert (vous savez Bob, notre fonctionnaire des impôts et notre économiste) est venu tempérer le sentiment des indignés du zinc en une phrase prononcée sur un ton grave :

Vous êtes « indignés » par le système ? Pourtant, c’est vous qui l’avez créé !

Les indignés du comptoir se sont regardés, ahuris, dans un silence de mort…

Monsieur Bob a rompu le silence qui commençait à durer et à sentir très fort la réflexion et l’incompréhension.

« J’ai lu cette stupidité dans le billet d’un blogueur sur un site assez connu… » ce qui a fait reprendre les indignations qui avaient été coupées dans leur élan… « Je vais vous le soumettre avec l’aide de mon nouvel iPhone 4S  » « ça commence comme ça… »

Le mouvement des Indignés qui se développe un peu partout à travers le monde pointe du doigt le sacro-saint « système ». Celui-ci est accusé de tous les maux et serait coupable, selon eux, des inégalités et des injustices que l’on trouve au sein de notre monde.

  » C’est plutôt bien vu mais il y a déjà un truc qui donne le ton de la suite, c’est ce conditionnel [« serait coupable »] qui laisse à penser que le système ne serait pas le fauteur de trouble que vous venez de condamner par votre indignation » « mais je vous lis la suite… »
…le grand paradoxe, c’est que cette société, décriée avec force (et quelquefois avec violence), n’est que le résultat de nos aspirations… en tout cas de celles d’une majorité d’individus !

 » C’est pas faux… »  commenta Momo le psychologue SNCF utilisant ici l’expression favorite de Perceval le Gallois quand il ne comprenait rien à ce qu’on lui expliquait dans Camelot, la parodie du Roi Arthur. (Pour ceux qui ne connaissent pas encore Momo allez jeter un œil sur le billet précédent avant de continuer cet épisode… ) Monsieur Bob, qui n’était pas dupe, continua son analyse de texte…

« …Les aspirations des gens sont en général très différentes, il n’y a qu’à voir simplement l’ambiance dans une réunion de copropriétaires, des gens qui vivent dans le même ensemble sont incapables de s’entendre sur la couleur qu’il vont donner à leur façade… »  » et la société de Dakar ou de Bamako ne serait que le résultat des aspirations d’une majorité de la communauté qui y habitent ?  »   » Un peu étrange comme réflexion… » « En gros et a contrario, reprenant la citation de notre blogueur, la société est le contraire des aspirations  de la majorité des individus qui la composent. »

On s’indigne des spéculations boursières… Pourtant, de nombreuses personnes « lambda »  spéculent ou placent de l’argent en bourse afin de faire des plus-values (il y a plus de 5 millions de petits porteurs rien qu’en France…). 

« Là notre amis y va fort…  »  » et de 1 : les petits porteurs qui  placent de l’argent en Bourse placent leur argent dans une économie réelle, celle qui, quand elle perd de l’argent, fait faillite et ruine ses actionnaires dont les petits porteurs quand les affaires vont mal… »  » La crise qui [indigne] les gens et les met dans la rue n’est pas une crise boursière mais une crise financière. Ils n’ont pas accès à ces montants de transactions, aux produits financiers extrêmement complexes, aux gains faramineux, mais quand les banques sont à deux doigts de la faillite ce sont eux qui doivent éponger les dettes sans s’indigner… »

 » C’est pas faux… »  re-commenta Momo le psychologue SNCF…

 » c’est pas tout… » continua monsieur Bob.

On s’indigne des privilèges, des passe-droits des puissants… Pourtant, de nombreuses personnes « lambda » ont des connaissances, des relations, une combine pour ne pas payer leurs amendes ou pour obtenir une faveur administrative…

« Comparer les privilèges des puissants au fait de faire sauter des amendes c’est un peu fort de café. Il ne faudrait pas s’indigner contre la crise et surtout les mesures injustes qui sont prises pour y remédier parce qu’on a fait sauter quelques prunes par un copain qui peut encore ? On croit rêver !  »

 » Et maintenant le philosophe de la crise s’en prend à toi Bébert…  » (Bébert c’est notre plombier local. Si vous avez oublié faites donc un tour sur  cet article : Politique un métier sans avenir… )

On s’indigne des mouvements « d’argent sale » et des valises bourrées de devises qui profitent à quelques nantis… Pourtant, de nombreuses personnes « lambda » complètent leurs revenus par des activités ou des rentes non déclarées… Le cumul de ces petites sommes représente des montagnes « d’argent noir »…

Là, Bébert est resté un instant sans voix… Puis après un certain temps de réflexion qui lui permit de déglutir trois ou quatre fois.. .  » Je le crois pas !! ce mec est en train de comparer mes petits extras à la France-Afrique… « Y croit que mes client c’est de Laurent Gbagbho ? … moi je fais juste travailler plus pour gagner plus, histoire de boucler le mois… »

 » C’est pas fini…  » ajouta monsieur Bob.

On s’indigne face à une société de plus en plus égoïste… Mais combien d’entre nous donnent un peu de leur temps ou de leur argent pour aider les plus démunis, les personnes âgées, les handicapés ?

« Nous aux impôts » commenta monsieur Bob, « on a des statistiques, l’auteur se trompe, ce sont les plus modestes qui donnent et beaucoup… »  « L’état, les riches, les grosses multinationales, promettent eux, beaucoup mais… »

Et il nous commenta la conclusion de l’article du blogueur

Nous façonnons le monde qui nous entoure, autant que le monde qui nous entoure nous façonne. Certes, des « têtes pensantes » anticipent les modes et les envies, utilisent nos peurs et nos faiblesses, font durer ou donnent de l’ampleur à un phénomène. Mais elles ne peuvent pas s’affranchir du libre arbitre de l’être humain. Lorsque les Indignés pointent du doigt le « système », ils ne font malheureusement que regarder dans une glace leur propre reflet…

C’est Moe, le patron, qui a eu le dernier mot…

« Ce type a rien compris, libre-arbitre mon œil, quand tu dois réduire ton découvert parce que la banque décide qu’elle ne pourra plus te pomper des agios mirobolants qui seront distribués aux actionnaires, et ben tu es obligé de « t’affranchir du libre-arbitre » ou plutôt de reprendre ton libre-arbitre pour t’indigner !! »

Je trouve que Moe l’indigné est super bon sur ce coup là… Finalement les clients du bout du comptoir utilisent judicieusement leur libre-arbitre pour s’indigner. Si dans beaucoup de bistrots partout dans le monde les piliers du coin du comptoir fonctionnaient comme dans le nôtre, et s’ il y avait un minimum de vérité dans la conclusion du blogueur,  sûr qu’il pourraient façonner le monde à la mode des indignés.

L’article original de Pertutti dans lepost.fr

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 20/10/2011, dans économie, politique, Société, Uncategorized, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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