Les gars du zinc sont (aussi) indignés…


Ce matin c’était chaud Au Coin du Comptoir, il y avait comme une ambiance de révolution…

Ça avait commencé avec le patron. Il était revenu de déposer la recette de la veille au Crédit Éternel, sa banque. Maurice (dit « Momo » à ne pas confondre avec Mohamed également dit « Momo » ), Maurice donc s’est tout de suite aperçu que Moe faisait la gueule en revenant de chez son « vampire » comme il dit. Maurice est fin psychologue, enfin, c’est ce qu’il affirme, car contrôleur retraité de la SNCF, il se vante régulièrement d’avoir toujours pu repérer un resquilleur depuis le fond d’un wagon…

 » y a eu un braquage à l’agence ou quoi ?  » avait il lancé histoire de savoir le pourquoi de la sombre figure du patron.

« c’est pas ça » répondit Moe, « je suis indigné !! »

Les piliers du coin de comptoir se figèrent instantanément et les conversations s’arrêtèrent tout net. C’était la première fois qu’ils entendaient ce mot dans la bouche du patron. Comme tout le monde ils l’avaient entendu ce mot « indigné » depuis que l’ancien avait écrit son petit livre,  que tous les médias en avaient parlé et qu’il faisait le tour de la terre. Très fort le vieux, plus fort que BHL qui pourtant est connu en Libye, c’est pour dire…

« Ouais, je suis indigné » insista Moe « Ce vampire de banquier vient de me dire qu’il faut que je surveille mon découvert vu qu’il a tendance à augmenter et que si je ne fais rien pour, il devra baisser ma note financière et que du coup mes agios vont eux augmenter »

« je suis resté comme deux ronds de flan… Mais comment ? que je lui ai dit. Si mon découvert augmente c’est qu’en ce moment les affaires c’est pas trop ça et que du coup si les agios augmentent aussi, mon découvert y risque pas de diminuer et que vous allez être obligé de rabaisser encore la note et c’est vraiment con  !!  »  » C’est la faute à la crise…  qu’il m’a dit »

« il faut qu’on soit rigoureux dans la surveillance des découverts » a dit la direction, « et que vous fassiez des efforts pour réduire ça dans les meilleurs délais. Bonne journée monsieur Moe… »

Après cette dernière phrase péremptoire du banquier rapportée par Moe, le coin du comptoir est entré en ébullition. « voleurs ! escrocs ! » « les gros y s’engraissent et les petits y se serrent la ceinture ! » « le système est pourri ! » « ouais… on est vachement indignés !! » les noms d’oiseaux volaient dans tout le bar, que même on entendait plus le dziiing dziiing poc  énervant du flipper. En gros notre patron de bar avec sa banque était dans la même situation que les états européens surveillés par les fameuses agences de notation. Dans mon coin je me suis souvenu d’avoir lu quelques articles sur le sujet et en particulier deux âneries particulièrement sidérantes.

Le premier article était une lettre ouverte d’Alain Madelin à Arnaud Montebourg. Cette lettre était un plaidoyer pour le libre-échange franchement obsolète. Pour les plus jeunes ou ceux qui auraient oublié, Madelin c’est du lourd, tout jeune déjà il ne faisait pas dans la dentelle…

Alain Madelin est, avec Gérard Longuet, Hervé Novelli et Patrick Devedjian le fondateur d’Occident. Pour vous donner une idée du genre de mouvement je me contenterai de citer ce qu’en dit Wikipedia :

« le mouvement reproduit passivement un classique discours d’extrême droite, venu tout droit des années 1920-1930, où l’on discerne l’héritage de Charles Maurras. Les publications d’Occident dénoncent alors la démocratie, citant Louis-Ferdinand Céline : « Le gouvernement du peuple, pour le peuple, et par la vinasse », et rejettent « le mythe de l’élection », qui doit être remplacé par la « sélection des meilleurs éléments de la communauté populaire, en vue de constituer une nouvelle élite, fondée sur le mérite et les talents ». « Les nationalistes français constituent contre la république maçonnique et ploutocratique le Parti de la Nation française, le Parti de la seconde Révolution française, qui abolira les effets néfastes de la première »

Madelin en bas à gauche

Mais nous discuterons une autre fois des opinions politiques d’Alain Madelin et de sa lettre ouverte. Nous allons simplement reprendre quelques arguments à la fin de cette lettre, à propos de la finance.  Sûr que nous ne sommes pas des experts en économie, mais je crois qu’avec monsieur Bob et les leçons du professeur Lordon nous sommes devenus capables d’essayer de comprendre son contenu.

Le patron de notre bar est comme les états. Les banques ont spéculé, elles ont perdu de l’argent, tellement que le système en a été ébranlé. Les états les ont aidés a se remettre sur les rails mais aujourd’hui ce sont elles qui décident, au vu de la dette de ces états, comment ceux-ci doivent mener leurs affaires… Réduire les dépenses disent-elles, voilà la solution que vous devez appliquer.  (l’augmentation des recettes n’est pas trop leur truc car cela voudrait dire qu’elles seraient mise à contribution par l’impôt et les taxes) Réduire les dépenses ça veut dire diminuer les dépenses dans les services publics, les aides sociales, les investissements, … et cela se répercute sur le dernier rouage de la machine : le citoyen.

Le citoyen s’indigne un peu partout dans le monde. Le dernier rouage de la machine grince en disant « c’est la finance qui a fait la boulette, c’est à la finance de payer. Notre Madelin-le-retour, nous explique que les banques n’y sont pour rien.

Dire que l’on veut faire payer les banques car elles le méritent bien « flatte l’opinion ». La responsabilité  des banques dans la crise mériterait discussion. Une chose est sûre, c’est que l’activité bancaire est par nature hyper réglementée et que les failles de la réglementation relèvent pour la plus large part de la responsabilité des politiques de tous bords.

Bon… Je ne sais pas s’il a regardé de près le début du bazar mais ça commencé avec des prêts tout pourris, vendus par des banques américaines à des gens qui ne pourraient jamais rembourser, moulinés en produits boursiers, revendus à toutes les autre banques, enfin celles assez neuneu pour croire aux AAA donnés par les agences de notations ; produits qui se sont avérés être assez toxiques pour mettre tout le système sens dessus dessous…

Si c’est le résultat d’une activité « hyper réglementée » il vaut peut être mieux laisser tomber les règlements ! Quand à la déréglementation (marginale d’après Madelin ) on ne peut qu’être d’accord. Les politiques, sous la pression des libre-échangistes, ont laissé filer et aujourd’hui sont complètement démunis quand la bise fut venue…

Quant à l’actuelle crise de notre système bancaire, ce n’est pas celle d’une quelconque spéculation mais bien la menace d’un défaut possible d’obligations souveraines présentées comme les plus sûres, d’une réglementation  qui a forcé leur détention par les institutions financières

Nous avons présenté ça à Dexia et nous n’avons eu comme réponses que de timides sourires crispés dans le flots de larmes et de lamentations qui fait le quotidien des employés de l’établissement.

Quant à «faire payer les banques», il faut comprendre que cela signifie « on va faire payer les clients des banques». Depuis longtemps la sagesse fiscale nous a appris «que si l’on met un impôt sur les vaches, ce ne sont pas les vaches qui paient les impôts».

Traduction : la sagesse fiscale nous apprend que quand on met un impôt sur les banques ce sont les clients qui payent cet l’impôt. On imagine bien que dans ces conditions on ne va pas chambouler un système qui fonctionne si bien pour les banques. Pour les Grecs par exemple, on ne changera pas le système, les lampistes n’ont qu’à régler la note.

Quant à prétendre mettre les banques sous tutelle sans indemnisation, c’est ignorer l’intégration mondiale des marchés financiers et la libre circulation des capitaux et les règles de droit européennes.

Monsieur Madelin c’est oublier un peu vite le premier commandement du capitalisme : si je mets de l’argent dans ton affaire, je deviens actionnaire et j’ai voix au chapitre au conseil d’administration.

Les gens de la rue voient bien que tout ce système marche sur la tête mais ils ne savent pas comment en sortir. Les banque spéculent, quand elles gagnent elles gardent les gains, quand elles perdent, ce sont eux qui les renflouent. Les politiques n’ont plus de pouvoir, ce sont les agences de notations qui décident à quelle sauce ils doivent être mangés. Alors ils sont comme Moe, perdus et indignés. Je préfère cette indignation un peu désespérée, sans solution, au cynisme suffisant de monsieur Madelin qui nous explique que surtout il ne faut rien changer pour que ça change.

Je vous avais parlé de deux « âneries » en début de billet et je vois que j’ai été trop long pour la première. Ce sera pour un prochain billet et je vous promets que c’est loin d’être triste…

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 19/10/2011, dans économie, politique, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

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