Petit cours sur la Bourse ou Comment gagner un Smic par seconde…


En cette année 2011, celui qui n’a pas entendu parler de la Bourse doit être à priori mort ! Je suis presque sûr qu’un indien Guarani d’Amazonie ou un ermite bouddhiste Tibétain en méditation depuis 10 ans sur un caillou pointu en ont entendu parler… Dans ce petit billet je vais vous faire part des dernières nouveautés de la Bourse d’aujourd’hui et comment gagner un smic par seconde.

Au fait c’est quoi la Bourse ?

En se fiant à notre vocabulaire courant on se dit que le nom a à voir avec l’ancien porte-monnaie de nos ancêtres. Pas du tout ! La Bourse tirerait son nom de la place « Van der Beurse » à Bruges, lieu d’échange financier depuis le XIIème siècle. La définition dans Wikipedia est la suivante :

« Une bourse, au sens économique et financier, est une institution, privée ou publique, qui permet de réaliser des échanges de biens ou d’actifs standardisés et ainsi d’en fixer le prix. On distingue :

  • les bourses de commerce, où sont échangées des marchandises ;
  • les bourses de valeurs, où transitent des titres d’entreprises.

Employé seul dans un contexte financier, le terme bourse réfère le plus souvent à une bourse de valeurs. »

Ça marche comment la Bourse ?

Comme beaucoup d’inventions de l’Homme, au départ la Bourse était un outil de développement génial. Pour vous expliquer ça, je vais prendre quelques exemples…

 Imaginons qu’inventeur génial, je fabrique dans ma cave un appareil muni d’une manivelle, d’une vis hélicoïdale, d’une grille à trous dans le fond qui, lorsqu’on y met des pommes de terre à l’eau, permet en tournant simplement la manivelle, de faire une purée en quelques instants, sans trop me fatiguer. Je montre ça à ma femme qui, pour une fois, trouve l’objet remonté de la cave génial ! Elle montre ce « presse purée » (c’est comme ça que je l’ai baptisé) à des copines qui, emballées, veulent absolument que je leur en fabrique pour leur cuisine… Après en avoir fabriqué une douzaine, les commandes affluent et je me dis que tenant un truc génial, il me faudrait un atelier, quelques machines et quelques ouvriers pour répondre à la demande. Pour cela il faut de l’argent. Mon banquier, plutôt pommes de terre frites, n’aime pas la purée et me refuse le prêt nécessaire. C’est alors que je décide d’aller voir quelques amis fortunés. Je leur propose soit de me prêter de l’argent que je leur rendrai avec intérêts une fois l’affaire sur les rails (obligations) soit de mettre de l’argent dans l’affaire que je rémunérerai avec une partie des bénéfices (actions)…

Et bien la Bourse, c’est l’endroit où l’on trouve des gens qui devenant investisseurs ou actionnaires, permettent le développement du presse purée à grande échelle ! Mon exemple et ma conclusion sont bien sûr très simplistes mais c’est en gros comme cela que fonctionne la Bourse dans l’ économie réelle. Mon entreprise fonctionne bien, je fais des bénéfices, je rembourse rubis sur l’ongle les obligations et leurs intérêts et je paye des dividendes aux actionnaires. L’entreprise a pris de la valeur, la valeur des actions suit le même chemin. Le presse purée se porte mal, j’ai beaucoup de mal à rembourser mes obligations et les intérêts, les actions perdent de leur valeur et si les choses s’aggravent il ne reste plus qu’à appliquer la première règle du capitalisme : je fais faillite… Les investisseurs perdent leurs investissements, les actions presse purée tombent à zéro, ce sont les risques de la Bourse.

Le paragraphe ci-dessus explique le pourquoi des variations des prix des actions. Comme à la Bourse, l’on peut vendre ses actions ou en acheter, si presse purée invente le batteur à blanc d’œuf, gage de nouveaux profits, les actions vont faire l’objet d’une forte demande, les cours vont augmenter. Si par contre, c’est le coupe frites concurrent qui progresse, presse purée voit son marché se réduire, ses dividendes diminuer et ses actions baisser. Ainsi va la Bourse…

 La spéculation

Tout ceci se passait dans le meilleur des mondes capitaliste d’il y a longtemps. L’argent investi faisait des petits lentement mais sûrement en créant des fabriques et des usines où travaillaient des salariés qui touchaient un salaire avec lequel ils achetaient des presse purée et la boucle était bouclée. Puis arriva l’idée, comment faire de l’argent sans usines ni fabriques ni salariés, de l’argent avec juste de l’argent ? La spéculation forcenée était née. Ci dessous la définition Wikipediesque de la spéculation :

« La spéculation financière est une opération, ou une série d’opérations, d’achat et de vente de titres financiers (placements, créances, contrats dérivés) et, par extension, monétaires (devises, taux d’intérêt…), sur un marché organisé (Bourse) (*) ou de gré à gré, dans l’objectif d’en tirer un bénéfice grâce à la variation de leurs cours, tout en prenant le risque de variation inverse. »

Ici ce qui intéresse l’investisseur ce n’est plus l’entreprise, ses productions, son activité mais les « variations ». Il faut que ça bouge ! Oui mais voilà, dans l’activité boursière traditionnelle ça ne bougeait pas trop. On attendait l’annonce d’une nouvelle invention ( le coupe frites), l’ouverture d’un nouveau marché, le bilan de fin d’année, c’était mou tout ça… Alors on a multiplié les indicateurs, prévisions de chiffres d’affaires trimestriels, consommation mensuelle de patates par les ménages, ratio de la consommation journalière pâtes/purée, etc. Et voilà que le cours de presse purée se met à fluctuer de jour en jour et bientôt, d’heure en heure. J’achète en bas, je vends en haut et je me fiche finalement de Presse Purée du moment que ça bouge…

Oh bien sûr c’est un peu plus compliqué quand on rentre dans les détails des options, des produits dérivés et toutes ces choses inventées et incompréhensibles au commun des mortels, mais si l’on a compris ce qui précède on est dans la bain.

Oui mais tu nous avais promis un smic par seconde ??

C’est vrai et je vais l’expliquer. Si vous avez à peu près compris les mécanismes que j’ai simplifiés ci-dessus vous allez comprendre comment on fait pour gagner beaucoup d’argent sans usines, bureaux, salariés, transports, matériels, stocks, … La belle vie quoi !!

Les transactions à hautes fréquences

Nous avons vu que finalement ce qui permet de faire de l’argent en bourse sans s’occuper de la production de biens ce sont les variations des cours. Avec l’introduction de l’informatique dans les salles de marché on s’est aperçu qu’il existait des micro-variations de cours plusieurs fois par seconde et que les machines munies de logiciels adaptés pouvaient traiter ces variations. Étaient nées les « transactions à hautes fréquences » ( de l’anglais : High-frequency trading )

On fait exécuter par des ordinateurs des transactions boursières à grande vitesse faites par des algorithmes informatiques. Certaines de ces opérations sont de l’ordre de la micro seconde !!!

Mais comme une illustration vaut un très long discours vous allez voir comment ça se passe dans la vidéo ci dessous. Il ne s’agit pas d’un logiciel de transactions à hautes fréquences mais le principe est le même. Il suffirait d’automatiser les actions achats/ventes et d’optimiser les délais de latence du réseau par quelques moyens techniques pour travailler comme les banques en High-frequency trading

Vous avez pu remarquer dans cette démo que le choix de la valeur importait peu et que l’intérêt était dans les variations de cours. L’alerte d’exécution est automatique et cette alerte décide elle même du mode de transaction, un jeu à la hausse ou à la baisse, car on peut gagner tout autant d’argent quand le cours monte ou quand le cours baisse.

Dans la vidéo, l’opérateur déclenche un ordre d’achat à 46,6438 $ et vend quelques secondes plus tard à 46,874 $ . La variation est de 0,2302 $ et la plus-value est de 299,21 $ . Imaginez des ordinateurs utilisant ce mode opératoire et faisant des centaines d’opérations de ce type à la seconde et vous comprendrez bien vite qu’il est relativement facile de gagner un smic par seconde !!!

Petite conclusion personnelle

Je déduis de cette petite réflexion que les activités cotées en bourse n’ont plus d’importance. La production, les salariés n’ont plus d’importance. Ce qui compte ce sont les variations des cours, ça c’est important. Lorsqu’il n’y a pas assez de matière à spéculer sur les entreprises, et bien on invente des produits imaginaires et si cela ne suffit pas on s’arrange pour que les matières premières ou même alimentaires bougent !! Tout cet argent ne participe pas de l’économie réelle, ne participe pas à la vie sociale, ne contribue pas à l’impôt des états, il ne fait qu’enrichir une poignée d’investisseurs. Comme dirait le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz « c’est le triomphe de la cupidité »

Références

Transaction hautes fréquences

Technologies transactions hautes fréquences

La Bourse

À propos de poltechno

Avec l'âge on radote et on parle tout seul... Comme il n'y a plus de bistrot dans mon quartier je me suis créé un bout de comptoir virtuel sur le Net histoire de refaire le monde...

Publié le 26/09/2011, dans économie, Internet, Nouvelles Technologies, politique, Société, Uncategorized, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. L’horreur économique ! Mais que fait la police ? Ah oui, elle traque l’escroc de smicard qui tente d’arrondir ces fins de mois par quelques heures « au noir » prises sur son dimanche de repos…

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  2. L’horreur économique ! Mais que fait la police ? Ah oui, elle traque l’escroc de smicard qui tente d’arrondir ses fins de mois par quelques heures de boulot « au noir » prises sur son repos du dimanche…

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